samedi 30 mai 2020

Yorochi


Kokodo-budo-Libramont


Yorôchi



Traduction : Anticiper. Si tu cherches consciemment à t'opposer à ton ennemi , tu es déjà en retard. Cette sentence de Myamoto Musashi est aussi une illustration de l'utilité de parfaire l'art d'anticiper.

Première étude : Le mouvement se développe naturellement en accompagnant, c'est le principe Aïki. Le principe d'action en harmonie naturelle avec le mouvement perçu est un modèle typiquement japonais, l'art de l'inconsistance du moi. Il n'y a plus d'esprit de calcul, de feinte, de tromperie, l'action est spontanée à partir du hara centré. L'harmonie ne peut être que le résultat d'une présence légère, concentrée mais pas focalisée, de manière à permettre intuition et action en même temps. Il ne doit pas y avoir de rupture de rythme, l'énergie se manifeste dans l'état le plus pur. En kyudo, l'archer est en même temps l'arc, la flèche et la cible. La volonté d'agir, de retenir ou de bloquer disparaît, comme celle de tendre ou d'influencer quoi que ce soit.
Deuxième étude : L'intuition permet l'anticipation. Mais pour pouvoir détecter l'intention de mouvement il faut connaître le fonctionnement de celui qui fait ce mouvement et être en harmonie avec ses pensées et ses gestes. Cette connaissance ne s'acquiert que par l'expérimentation, l'expérience acquise par une pratique réaliste. La compréhension des signaux faibles émis par l'autre permet l'anticipation. L'attention et la vigilance mettent tous les sens en éveil, la perception est totale par la gravité de la situation de danger, mais le corps reste calme et décontracté pour pouvoir réagir dans l'instant. L'authenticité et le naturel sont nécessaires de part et d'autre, la moindre hésitation est fatale.

Troisième étude : Si l'art de survie est dans la défense, la chance de victoire est dans l'attaque. Encore un principe de guerrier. Il faut se défendre en attaquant, si ce n'est visuellement, ce doit être dans l'esprit. Absorber n'est pas reculer ou se replier, mais doit permettre l'offensive.

Quatrième étude : L'impatience est l'ennemi du temps. Connaître le moment exact de l'action efficace est la solution. Le moment propice est toujours le dernier instant, celui où l'agresseur s'est engagé et ne peut stopper ou modifier son action sans perdre son efficacité. Sentir calmement cet instant de danger imminent est primordial.

Cinquième et avant dernière étude : Les mots ne sont pas toujours le meilleur moyen d'enseigner, ils sont trop longs, ambigus et développent trop de distorsion de compréhension. L'action répétée intelligemment est bien plus enrichissante pour faire mieux. L'imagerie mentale est un autre moyen de progression. Répéter dans sa tête, simuler et visualiser les gestes à accomplir pour une technique parfaite.

Dernière étude : Ce n'est jamais fini, il y a toujours moyen d'améliorer. Méditer avec discernement est tout un art.



dimanche 3 mai 2020

Tao


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Tao.


La résonance est un des nombreux principes du taoïsme. C'est issu d'anciennes croyances aux manifestations cosmiques : toute action ou événement constitue une impulsion déclenchant tôt ou tard une réaction induite par cette action. Les vibrations sonores et l'écho sont des outils de résonance. La musique des instruments d'orchestre est la consonance, résonance accordée de plusieurs provenances. La force du souffle crée l'onde sonore par une vibration modulée. Certains sons ont des propriétés curatives ou maladives pour l'homme et les animaux. Dans la croyance tao, des soins sont toujours prodigués actuellement en se servant d'ondes sonores de provenance instrumentale ou de mélodie chantée avec des sons abdominaux graves ou thoraciques aigus.
Cette notion de résonance était aussi appliquée en gouvernance dans les antiques royaumes chinois. Le bénéfice de la sagesse d'un roi s'applique à tous ses sujets et il est d'autant plus fort que celui qui le dispense est puissant.

Dans l'étude des arts martiaux, le principe de résonance s'applique aussi. Toute action déclenche une réaction adverse. Tout l'art du pratiquant est de doser cette action pour maîtriser la réaction. Même l'intention d'agir peut activer la perception de l'autre.

D'où l'étude du principe Tao suivant : le non agir. Pratiquer la voie Taoïste c'est diminuer chaque jour pour arriver à ne plus rien faire, et cela correspond tout a fait à l'évolution physique de tout être humain. Cette nonchalance naturelle demande évidemment moins d'effort physique. En gouvernance, on parle de diriger sans imposer mais en guidant.

Dans l'étude des arts martiaux, l'action n'est plus volonté mais instinct naturel. Agir ne doit pas laisser de trace ni d'intention mais devient spontané. Il faut développer une habileté martiale intuitive. Vouloir appliquer une technique sur l'adversaire lui permet de trouver des solutions pour se sauver ou se défendre. Le corps agit librement, sans contraintes. La vitesse d'exécution est naturellement augmentée mais aussi l'esprit de l'autre ne peut s'y accrocher pour tenter de trouver une parade. Nonki, l'insouciance, est une apparence qui pourrait être trompeuse. Il s'agit plutôt de Nonbiri, attitude posée sans empressement, qui permet aussi des gestes foudroyants sans aucune crispation.

La méditation est un des armes sacrées du taoïsme pour l'acquisition de la clarté mentale et du calme intérieur nécessaires à développer le non agir. Se concentrer mentalement sur sa respiration abdominale, travailler à la visualisation des actions futures et des perceptions présentes, c'est un énorme travail d'introspection créative.

Les exercices gymniques respiratoires augmentent considérablement la circulation du souffle, l'énergie intérieure, le KI. Le Taïji Quan, sorte de boxe chinoise, est l'art martial Tao par excellence et développe idéalement le ki. Les mouvements longs et gracieux, avec ou sans arme, en sont la principale caractéristique. Il a été fondé traditionnellement par un moine chinois taoïste appelé Zhang Sanfeng, personnage légendaire du 14e siècle qui vécu dans la montagne Wudang. Le temple Zixiao Gong ou palais des nuages pourpres en est encore aujourd'hui le centre d'enseignement le plus important.


Arts internes

  Arts internes. Dans les arts martiaux chinois, les «formes internes» s’opposent à celles que l’on appellent les «formes externes»...