jeudi 14 mars 2019

Ishin Denshin


Kokodo-budo-Libramont




Ishin – Denshin. 以心伝心



Cela peut être traduit par « Ce que l'esprit peut, le coeur le transmet. »
C'est la communication non verbale typiquement japonaise utilisée par le maître pour permettre la progression à un haut niveau (éveil) de l'élève. La motivation profonde de travail, la compréhension mutuelle par une relation basée sur le coeur (kokoro).
« Cachée, la fleur. Non cachée, pas de fleur ». Cette pensée célèbre d'un grand artiste de théâtre Nô montre l'importance et la valeur profonde du sens non visible des choses à faire découvrir. La découverte par soi-même est bien plus riche et mieux ancrée dans notre propre ressenti. Le professeur japonais ne répond pas toujours directement aux questions de ses élèves, mais souvent sa réponse est une attitude, un regard ou une autre question pour provoquer réflexion à celui qui peut percevoir le message. Suivant le niveau de compréhension, chacun y trouve sa réponse, peut être partielle. Ce n'est souvent que bien plus tard que l'on se dit « je comprends enfin ce qu'il a voulu dire, ce qu'il a voulu me transmettre ».
Répondre à chaque sollicitation d'élève par des explications longues et ennuyeuses ne permet pas toujours la compréhension. Le silence et l'attitude simple permettent souvent de calmer l'esprit échauffé et d'ouvrir l'oeil à la perception du geste. Le sourire doit être généreux mais pas moqueur. Le respect et la bienveillance sont les clés de la confiance et de l'autorité.
La pudeur japonaise demande de taire ses vrais sentiments mais de communiquer par les gestes, le regard et l'attitude (Shiseï), le sentiment à transmettre. Le Reï (salut) est tout le symbole de cette attitude. Ne pas témoigner directement d'affection, mais, par la profondeur du geste, montrer son respect. Plus on attend de vous, plus on met d'égard et d'attention à vous montrer. Le profond respect de l'autre demande d'être attentif à chaque instant pour ne pas blesser avec des mots ou attitudes qui pourraient être mal compris. Cette sensibilité aux choses cachées et au shiseï, c'est aussi le travail du niveau supérieur dans la pratique des arts martiaux, pas seulement dans le sens professeur-élève, mais aussi l'inverse et également entre élèves-partenaires.
Un kata ne peut être correctement réalisé sans la connaissance de la technique, mas surtout sans la participation effective de Tori et Uke, chacun jouant le plus parfaitement possible sans animosité son rôle. L'esprit Ishin-Denshin permet une synchronisation parfaite entre partenaires, la compréhension de l'intention et une complicité sans complaisance. Pas de jugement porté sur l'autre ou soi-même. Humilité et compassion sont de mise. S'attacher à ne pas humilier l'autre. Pardonner les faiblesses et encourager à persévérer.
Donner des explications interminables sur la réalisation d'une technique n'a pas grande utilité, le travail calme et structuré, orienté sur les sensations perçues est bien plus important que les mots entendus. Aucun mot ne peut remplacer le ressenti corporel. Le débutant passe par une phase de copie simple de la gestuelle, il veut savoir et pouvoir faire comme l'enseignant. C'est un peu l'illusion du débutant. Quand on est arrivé à imiter le senseï, on pense « j'ai compris ». Mais très vite le travail se complique en changeant d'uke. Chacun doit faire sien une technique, l'adapter à sa propre morphologie et à ses propres capacités physiques. Sans complexe et avec confiance mais aussi humilité, il faut passer le plus rapidement possible à la phase acquisition en travaillant avec l'esprit Ishin-Denshin. Ce travail d'acquisition ne se termine jamais, il est constant et peu toujours être amélioré. Le sommet de la montagne est en vue, mais le chemin est encore long.

vendredi 1 mars 2019

Hara Suigetsu


Kokodo-budo-Libramont


Hara, Suigetsu




Hara ou Tanden inférieur, c'est la zone abdominale médiane, plus précisément 3 cm sous le nombril, le siège de la sagesse et du Ki selon la tradition orientale.
Des recherches médicale récentes tendent à démontrer que le système nerveux entérique serait un peu comme notre deuxième cerveau, le cerveau abdominal. Selon l'ancien Tao de plus de 3000 ans, ce serait même le siège de l'instinct primaire et donc notre premier cerveau, celui qui conditionne notre réflexe animal et la mémoire de nos sensations.
La science moderne démontre que ce système nerveux complexe abdominal permet non seulement le bon fonctionnement de tout notre appareil digestif, mais organise et répartit les diverses demandes chimiques de notre organisme, il participe activement à notre défense immunitaire, alimente et renouvelle les cellules du cerveau et réagit instantanément à la moindre perception de stress.
Mais plus récemment encore, des analyses du trafic d'information passant par le nerf vague, principal lien de communication entre le cerveau de la tête et l'abdomen, ont démontré que le ventre envoyait dix fois plus de données vers la tête qu'il n'en recevait. Cela démontre bien qu'il participe activement à notre inconscient et à la mémorisation des émotions engrangées.
L'importance de ce deuxième cerveau n'est pas encore totalement connue, mais certains chercheurs pensent qu'effectivement le cerveau abdominal pourrait prévaloir, dans certains domaines, sur le cerveau de la tête. Sur le continent américain aussi, les chamans mayas pratiquaient le massage abdominal pour soigner et soulager les tensions.

Suigetsu désigne le plexus solaire, mais se traduit aussi plus poétiquement par le reflet de lune dans l'eau. Cette image fait référence au divin et à l'imaginaire. La contemplation du reflet rappelle la méditation poétique mais aussi la détection de danger pour le pratiquant de sabre.
Selon la médecine chinoise, le plexus solaire serait le centre de perception des émotions et le point d'intersection de deux chakras. Le massage du sternum et les exercices d'étirement proposés par Hino sensei sont une très bonne façon de libérer cette zone sensible aux contractions dues au stress et aider ainsi les pratiquants d'arts martiaux à acquérir une meilleur attitude sur une agression.
Suigetsu serait aussi aussi le siège de l'arrogance et de la générosité. En Jodo, c'est par cet endroit que l'on contrôle l'adversaire, que l'on brise son arrogance ou que l'on diminue sa générosité s'il en abuse. Cette zone, très sensible et douloureuse quand elle est touchée, permet une prise de possession totale sur l'agresseur, bloquant sa gestuelle des bras et des jambes tout en le maintenant en vie. Bien qu'un choc violent à cet endroit puisse provoquer des dégâts irréparables, allant même jusqu'au décès.

L'activation simultanée de ces deux zones Hara et Suigetsu, permet un réel équilibrage des tensions internes et, lors d'agression, une juste réponse énergique. La respiration abdominale décontractée visualisant ces deux points d'énergie renforce le développement du Hara et le relâchement du Suigetsu. Calmer ces zones et les détendre permet d'envoyer moins de messages au cerveau, de libérer l'esprit et de permettre Mushin, l'esprit vide.

Arts internes

  Arts internes. Dans les arts martiaux chinois, les «formes internes» s’opposent à celles que l’on appellent les «formes externes»...