Kokodo-budo-Libramont
Taï
Sabaki.
Le
déplacement. C'est peut être le premier apprentissage dans la
pratique martiale et aussi celui qui doit être travaillé le plus
longtemps. L'art de bouger peut paraître facile, mais dans la
réalité, il n'en est rien.
Pour que les gestes soient précis et
économiseurs d'énergie, il faut maintenir l'esprit calme et la
respiration ancrée dans le bas ventre. Ne pas monter le corps,
maintenir le buste droit, ne pas creuser le dos. placer le menton
vers la poitrine avec une tension dans la nuque, mettre de la force
dans les reins et le tanden. Le maintien du corps droit et des
épaules relâchées est la posture idéale.
La sensation d'équilibre doit aussi
être permanente. L'idée n'est pas de bouger n'importe comment vers
l'adversaire, mais bien d'être perpétuellement en chasse
d'opportunité.
Pour cela, la stabilité constante est
aussi primordiale. L'équilibre doit être autant mental que
physique. Répondre correctement à l'agression se fait de manière
mesurée et appropriée. L'esprit doit être clair, libre de toute
perception et sans intention. La créativité des gestes doit être
spontanée. Taï sabaki doit commencer doucement pour se terminer
soudainement.
Le mouvement doit commencer par la
perception soit du regard ou de l'ouïe. La tête tourne et le corps
suit le plus naturellement possible la perception. La perception de
ses propres sensations est aussi importante que celle des mouvements
de l'adversaire. L'aisance naturelle doit être redécouverte, et
contradictoirement pour l'atteindre, la maîtrise de soi doit entrer
en action.
L'harmonisation des mouvements se fait
par l'esprit calme et l'écoute de soi. La justesse et l'opportunité
de chaque mouvement se fait en fonction des disponibilités
corporelles et de l'intention de voir ce qui se passe tout en restant
en équilibre constant. Voilà le vrai sens du Taï sabaki. Placer le
corps dans l'action. Unir le corps à l'esprit.
Bien sur, le mimétisme gestuel
complique encore un peu les choses. La volonté est souvent de faire
comme le senseï montre. Ne vous formalisez pas, le senseï est
encore en recherche, il ne faut pas copier intégralement ses gestes.
Mais plutôt tâcher d'intégrer dans vos possibilités des gestes
s'approchant de ceux du senseï tout en sentant ce que vous faites.
L'imperceptibilité des petits gestes du senseï diminuera au fur et
à mesure de la pratique. La découverte est permanente si
l'attention l'est aussi.
Le corps mouvant est l'âme du
ninjutsu, ancêtre du jujutsu. Le Taï sabaki est donc essentiel dans
la pratique martiale du jujutsu. Si on parvient à associer
complètement l'idée de corps et d'esprit de combat dans une seule
entité instinctive, on obtient le taï sabaki pur.
Beaucoup de démonstrations d'experts
martiaux sont issues de mouvements imperceptibles. Ces mouvements
sont tellement rapides que le regard ne peut les accrocher. Les
vêtements cachent aussi une grande parties de ces mouvements. Mais
le secret est dans la fluidité du corps et sa disponibilité. C'est
vraiment nécessaire de se détendre et ainsi d'éviter les
crispations.
Penser aux sensations engrangées et à
la finalité du mouvement. Pour désirer savoir ce qui se passe
derrière, il ne faut pas reculer, ni avancer, mais simplement
pivoter sur un axe le plus simplement possible en maintenant votre
équilibre. Le centrage du corps sur son axe est permanent dans tout
le mouvement. Les bras ne servent pas de balancier au corps. Ce sont
les jambes qui sont le support du corps. Les bras sont maintenus en
protection, mains ouvertes verticales, coudes à 10cm du buste. Jambe
avant fléchie, jambe arrière tendue. Le regard est maintenu
horizontal pendant tout le mouvement.
