Kokodo-budo-Libramont
Kotaï.
« Kotaï »
(Changer), est un terme utilisé pour désigner le changement de
partenaire comme pour exprimer l'échange neutre d'armes. Il s'agit
donc d'un ordre de travail pour commander un changement pour
permettre l'étude de techniques et non d'une forme d'agression
puissante (Kotaï peut aussi vouloir dire : solide, fort). Cet
ordre peut aussi commander le départ direct de l'agression dans le
Kakari Geiko pour ne pas dire chaque fois « Ajime ». A ce
moment, le nouveau partenaire Uke attaque franchement Tori. Ce
dernier, dans le même temps, neutralise calmement cette agression.
Ce n'est pas pour cela que cette polie complaisance entre partenaires
doit faire tourner en dérision l'agression. L'attaque d'Uke et la
réception de Tori doivent être nettes et effectuées avec le corps
dans un timing correct, sans attendre. Il ne s'agit pas d'un simple
geste banal, il doit démontrer qu'en un temps et ensembles, Uke et
Tori sont prêts. Uke doit se comporter, avec respect, comme un
véritable Teki (ennemi). Kotaï devient alors un instant de
neutralité des combattants qui doit être fort et intense tout en
restant souple, car l'instant d'après est encore plus dangereux pour
les deux partenaires.
Il
est évident que s'il n'y a pas d'agression réelle et mesurée
d'Uke, celui qui reçoit (Tori) ne ressent rien et ne peut effectuer
de réception. Si ce dernier (Tori) n'est pas prêt, il ne peut
recevoir son adversaire. Dans ces deux cas on effectue alors un
simulacre de technique. La complicité et l'attention des deux
partenaires à effectuer un Kotaï (changement et rencontre) correct
est la base de la démonstration d'une technique réaliste.
L'apprentissage
de Uke et Tori aux diverses frappes ou formes d'agression avec divers
déplacements (Taï Sabaki) et formes de réception est important. La
connaissance parfaite du Maaï (distance de danger) est aussi d'une
grande nécessité pour les deux antagonistes. Mais pour démontrer
un Kotaï correct Uke et Tori doivent aussi et d'abord appliquer avec
calme et de façon intense Zanshin (vigilance), Seme (menace),
Shiseï (attitude), Metsuke (regard) avant de penser à agresser.
Une
agression réalisée en présentation de kata est plus codifiée que
celle réalisée durant un randori. Cependant l'esprit et la
réflexion doivent être les mêmes. La difficulté est de maintenir
un timing et une distance correcte malgré les mouvements constants
et la vitesse des déplacements des partenaires. C'est pourtant la
réalisation correcte de cet instant fragile (Kotaï : changer
et rencontrer) qui permettra l'application d'une technique réaliste.
Les partenaires doivent donc veiller mutuellement à être attentif à
permettre l'avènement de ce moment de neutralité Kotaï.
C'est
la responsabilité de tous les partenaires du randori, Uké ou Tori,
de permettre la réalisation coordonnée attaque-réception de ce
moment Kotaï. Tori doit être vigilant et prêt très tôt, bien
avant l'agression. Par ailleurs, Uke doit calculer ses gestes et
prendre une distance correcte pour attaquer et ne pas pousser trop
loin son attaque. Le regard ne doit pas se figer sur des objectifs
mais sur une vision globale du dojo.
Il
s'agit bien entendu d'une forme d'apprentissage qui doit évoluer
avec le niveau dan. Au fil de la progression et avec l'acquisition de
gestes instantanés, Kotaï est de moins en moins marqué. Peu à peu
Tori anticipera légèrement l'attaque de Tori pour placer une
réception pénétrante qui empêchera Uke d'aller plus loin et
permettra une technique fluide de Tori. Mais ce n'est pas pour cela
que Kotaï disparaît complètement, au contraire. L'instant Kotaï
devient fugace, mais a toujours sa nécessité.

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