mercredi 30 janvier 2019

Sutemi


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Sutemi.

Sutemi, peut être traduit par sacrifice ou abandon du corps, mais pour les orientaux la pensée est bien plus profonde. C'est plus proche de « jeter la graine ». L'origine de cette pensée vient d'un poème qui décrit une châtaigne emportée par la tempête. Si l'amande (graine ou partie la plus lourde) est abandonnée, la coque peut flotter librement dans le courant. Pour sauver l'enveloppe, il faut pouvoir sacrifier l'origine. Pour sauver le corps, il faut libérer l'esprit. Si l'esprit se fige, le corps ne peut réagir librement.
Entrer sur l'adversaire au moment d'une agression pour y répondre fait partie de Sutemi. Le corps entre dans une zone de danger pour pouvoir agir sur l'autre. Le timing de cette action doit être précis pour être efficace. En Judo, le travail sutemi waza est l'étude d'un déséquilibre en se positionnant sous l'adversaire, un vraie forme de sacrifice du corps pour tenter de déstabiliser l'autre. Ce sacrifice ne dure qu'un bref instant pendant lequel on a l'impression que celui qui l'exécute va perdre la partie. Mais la position qui parait faible se révèle être une position forte qui permet la victoire. Ce n'est pas un simple leurre, c'est vraiment un art du déséquilibre par la souplesse et l'esprit sutemi.
Agir au bon moment avec l'esprit Sutemi, c'est l'action instinctive sans préparation, sans volonté, mais avec le relâchement du corps et de l'esprit. L'esprit doit commander naturellement à l'instant critique une réaction foudroyante. Trop tôt, l'agresseur peut modifier son attaque et l'instant d'après ... c'est trop tard ! Sutemi est l'ultime perfectionnement après l'acquisition de la technique pure et de l'esprit fort.
Le samouraï au combat doit avoir cet esprit Sutemi, face à la mort il ne dépend plus de rien, libre de gagner ou de perdre. Il ne pense plus qu'à l'instant à venir. Il attend le moment propice pour placer une attaque foudroyante et vaincre ses adversaires. Les déstabilisant les uns après les autres, sinon physiquement, sûrement mentalement. Il cherche la faille chez chacun, se battant sans esprit de supériorité, mais confiant dans sa technique. Il ne porte aucun jugement, Il sait que c'est au dernier moment que l'adversaire qui attaque est fragile, lorsqu'il est totalement engagé dans l'action et qu'il ne peut plus modifier son attaque. L'esprit du guerrier est paisible, il attend l'instant propice, prêt au sacrifice, mais aussi prêt à montrer de quoi il est capable..
Ne peut être saisi que celui qui donne quelque chose à saisir. Si vous n'offrez rien, rien ne peut vous être pris. Agir sans intention, sans artifice, sans ruse, sans but est la voie de la sagesse. Elle permet l'action libre du Ki et de l'esprit unifiés. Libre ne veut pas dire vide. La liberté vient de ne pas accumuler de pensée, de ne pas figer l'esprit et le corps. Si l'action ne s'appuie sur rien, mais vient de l'instinct, de l'inconscient, il n'y a pas de traces, pas d'appui, rien qui permette une quelconque anticipation ou contre attaque.
Si le regard ne se fixe pas sur notre environnement, ce voisinage fait partie de notre monde, notre ennemi potentiel n'en est plus un et fait ainsi partie des Shizen Gensho (phénomènes naturels). Nous y réagissons instinctivement comme notre œil réagit à la lumière, notre système immunitaire aux virus. Mais un simple grain de poussière peut perturber notre vision, comme un simple jugement (sympathie ou antipathie) peut impressionner notre pensée. Voir un agresseur potentiel comme un simple objet en mouvement ou statique n'est pas à la portée du commun des mortels. En fait cette cible ne devient dangereuse que si le sentiment d'insécurité s'aggrave. Ressentir le danger, s'éloigner si c'est possible ou attendre le moment fatidique qui permette la réaction adéquate.
Vivre au quotidien Sutemi favorise la santé et prolonge la vie.

mercredi 16 janvier 2019

Ishin Denshin


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Ishin – Denshin.




Cela peut être traduit par « Ce que l'esprit peux, le coeur le transmet. »

C'est la communication non verbale typiquement japonaise utilisée par le maître pour permettre la progression à un haut niveau (éveil) de l'élève.
« Cachée, la fleur. Non cachée, pas de fleur ». Cette pensée célèbre d'un grand artiste de théâtre Nô montre l'importance et la valeur profonde du sens non visible des choses à faire découvrir. La découverte par soi-même est bien plus riche et mieux ancrée dans notre propre ressenti. Le professeur japonais ne répond pas toujours directement aux questions de ses élèves, mais souvent sa réponse est une attitude, un regard ou une autre question pour provoquer réflexion à celui qui peut percevoir le message. Suivant le niveau de compréhension, chacun y trouve sa réponse, peut être partielle. Ce n'est souvent que bien plus tard que l'on se dit « je comprends enfin ce qu'il a voulu dire ».

La pudeur japonaise demande de taire ses vrais sentiments mais de communiquer par les gestes, le regard et l'attitude (Shiseï), le sentiment à transmettre. Le Reï (salut) est tout le symbole de cette attitude. Ne pas témoigner directement d'affection, mais, par la profondeur du geste, montrer son respect. Plus on attend de vous, plus on met d'égard et d'attention à vous montrer. Le profond respect de l'autre demande d'être attentif à chaque instant pour ne pas blesser avec des mots ou attitudes qui pourraient être mal compris. Cette sensibilité aux choses cachées et au shiseï, c'est aussi le travail du niveau supérieur dans la pratique des arts martiaux, pas seulement dans le sens professeur-élève, mais aussi l'inverse et également entre élèves-partenaires.

Un kata ne peut être correctement réalisé sans la connaissance de la technique, mas surtout sans la participation effective de Tori et Uke, chacun jouant le plus parfaitement possible sans animosité son rôle. L'esprit Ishin-Denshin permet une synchronisation parfaite entre partenaires, la compréhension de l'intention et une complicité sans complaisance. Pas de jugement porté sur l'autre ou soi-même. Humilité et compassion sont de mise. S'attacher à ne pas humilier l'autre. Pardonner les faiblesses et encourager à persévérer.

Donner des explications sans fin sur la réalisation d'une technique n'a pas grande utilité, le travail calme et structuré sur les sensations perçues est bien plus important que les mots entendus. Aucun mot ne peut remplacer le ressenti corporel. Le débutant passe par une phase de copie simple de la gestuelle. Quand on a réussit à imiter le senseï, on pense « j'ai compris ». Mais très vite le travail se complique en changeant d'uke. Chacun doit faire sien une technique, l'adapter à sa propre morphologie et à ses propres capacités physiques. Sans complexe et avec confiance mais aussi humilité, il faut passer le plus rapidement possible à la phase acquisition en travaillant avec l'esprit Ishin-Denshin.

mercredi 2 janvier 2019

Tekyo - Henka


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Tekyo - Henka

Tekyo c'est les applications découlant de l'étude d'un kata. Henka ce sont les variantes dans lesquelles on applique la technique principale du kata.
Pour un novice cela peut paraître la même chose, mais la connaissance de la différence entre ces notions est importante.
Lors de l'apprentissage d'une technique (kata), on applique une attitude et divers gestes appelés Kihon pour la mettre en œuvre. Ces gestes codifiés par le créateur du kata peuvent être légèrement adaptés à la morphologie et aux aptitudes physiques de chacun (Tori et Uke). Suivant la forme d'attaque du partenaire, les kihons sont étudiés pour répondre de façon correcte à cette agression tout en appliquant la technique demandée (précision des gestes et respect des consignes de l'instructeur). Les différentes formes d'attaque codifiées par Soke ou l'instructeur ne sont pas des variantes, mais des applications différentes d'une même technique. Tout cela, c'est Tekyo, les applications découlant de l'étude d'une technique.
Quand la technique est parfaitement maîtrisée, vient alors l'étude des variantes dans lesquelles, suivant son niveau et ses connaissances, on peut appliquer de différentes façons cette technique, la modifier ou la combiner avec d'autres. Le travail devient plus personnel et doit démontrer une maîtrise parfaite de la technique. C'est l'étude Henka, l'étude des variantes imaginées par le pratiquant (avec la participation de son partenaire). Il est compréhensible que ce travail ne peut se faire que lorsque l'étude Tekyo est pleinement assimilée. L'instructeur vérifie alors si la variante est plausible, c'est à dire si elle correspond bien à une attaque franche et si la technique est correctement appliquée suivant le niveau d'étude (dan).

Il est donc très important de ne pas mélanger ces deux formes d'étude et de bien les différencier suivant l'avancement du pratiquant. L'étude des variantes d'un niveau ne pourrait être faite que lorsque la maîtrise technique de ce niveau ne soit complète. Il est inutile de vouloir appliquer Henka (variantes) d'une technique (Teyko) mal maîtrisée. L'acquisition Tekyo doit être faite sans application de force et en souplesse pour éviter toute blessure lors du travail Henka. Le travail correct du corps ; la posture, la façon de se déplacer et de pivoter sont les premiers éléments à étudier et mettre en application dans l'étude Tekyo. L'étude des réceptions à la saisie ou tentative de saisie est l'élément suivant à connaître parfaitement. Et enfin l'étude du déséquilibre dans l'application de la technique doit aussi être complète pour éviter de forcer. Ce sont tous ces éléments appliqués parfaitement et ensembles qui vont permettre le travail correct en Tekyo d'abord et ensuite en Henka.

Suivant le niveau, d'autres éléments seront indispensables pour pouvoir répondre à des attaques franches et multiples : l'intuition, la perception d'attaque et la légère anticipation de réception, la connaissance des points Kyusho du partenaire, la vitesse d'exécution (qui ne doit pas masquer un défaut de déséquilibre), la stabilité, la vision globale, la mobilité de sauvegarde , ...


Arts internes

  Arts internes. Dans les arts martiaux chinois, les «formes internes» s’opposent à celles que l’on appellent les «formes externes»...