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Sutemi.
Sutemi,
peut être traduit par sacrifice ou abandon du corps, mais pour les
orientaux la pensée est bien plus profonde. C'est plus proche de
« jeter la graine ». L'origine de cette pensée vient
d'un poème qui décrit une châtaigne emportée par la tempête. Si
l'amande (graine ou partie la plus lourde) est abandonnée, la coque
peut flotter librement dans le courant. Pour sauver l'enveloppe, il
faut pouvoir sacrifier l'origine. Pour sauver le corps, il faut
libérer l'esprit. Si l'esprit se fige, le corps ne peut réagir
librement.
Entrer
sur l'adversaire au moment d'une agression pour y répondre fait
partie de Sutemi. Le corps entre dans une zone de danger pour
pouvoir agir sur l'autre. Le timing de cette action doit être précis
pour être efficace. En Judo, le travail sutemi waza est l'étude
d'un déséquilibre en se positionnant sous l'adversaire, un vraie
forme de sacrifice du corps pour tenter de déstabiliser l'autre. Ce
sacrifice ne dure qu'un bref instant pendant lequel on a l'impression
que celui qui l'exécute va perdre la partie. Mais la position qui
parait faible se révèle être une position forte qui permet la
victoire. Ce n'est pas un simple leurre, c'est vraiment un art du
déséquilibre par la souplesse et l'esprit sutemi.
Agir
au bon moment avec l'esprit Sutemi, c'est l'action instinctive
sans préparation, sans volonté, mais avec le relâchement du corps
et de l'esprit. L'esprit doit commander naturellement à l'instant
critique une réaction foudroyante. Trop tôt, l'agresseur peut
modifier son attaque et l'instant d'après ... c'est trop tard !
Sutemi est l'ultime perfectionnement après l'acquisition de
la technique pure et de l'esprit fort.
Le
samouraï au combat doit avoir cet esprit Sutemi,
face à la mort il ne dépend plus de rien, libre de gagner ou
de perdre. Il ne pense plus qu'à l'instant à venir. Il attend le
moment propice pour placer une attaque foudroyante et vaincre ses
adversaires. Les déstabilisant les uns après les autres, sinon
physiquement, sûrement mentalement. Il cherche la faille chez
chacun, se battant sans esprit de supériorité, mais confiant dans
sa technique. Il ne porte aucun jugement, Il sait que c'est au
dernier moment que l'adversaire qui attaque est fragile, lorsqu'il
est totalement engagé dans l'action et qu'il ne peut plus modifier
son attaque. L'esprit du guerrier est paisible, il attend l'instant
propice, prêt au sacrifice, mais aussi prêt à montrer de quoi il
est capable..
Ne
peut être saisi que celui qui donne quelque chose à saisir. Si vous
n'offrez rien, rien ne peut vous être pris. Agir sans intention,
sans artifice, sans ruse, sans but est la voie de la sagesse. Elle
permet l'action libre du Ki et de l'esprit unifiés. Libre ne veut
pas dire vide. La liberté vient de ne pas accumuler de pensée, de
ne pas figer l'esprit et le corps. Si l'action ne s'appuie sur rien,
mais vient de l'instinct, de l'inconscient, il n'y a pas de traces,
pas d'appui, rien qui permette une quelconque anticipation ou contre
attaque.
Si
le regard ne se fixe pas sur notre environnement, ce voisinage fait
partie de notre monde, notre ennemi potentiel n'en est plus un et
fait ainsi partie des Shizen Gensho (phénomènes naturels). Nous y
réagissons instinctivement comme notre œil réagit à la lumière,
notre système immunitaire aux virus. Mais un simple grain de
poussière peut perturber notre vision, comme un simple jugement
(sympathie ou antipathie) peut impressionner notre pensée. Voir un
agresseur potentiel comme un simple objet en mouvement ou statique
n'est pas à la portée du commun des mortels. En fait cette cible ne
devient dangereuse que si le sentiment d'insécurité s'aggrave.
Ressentir le danger, s'éloigner si c'est possible ou attendre le
moment fatidique qui permette la réaction adéquate.
Vivre
au quotidien Sutemi favorise la santé et prolonge la vie.

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