mercredi 18 août 2021

Le grade Shihan

 

Kokodo-budo-Libramont


Le grade Shihan.


« Si vous pratiquez pour acquérir des compétences pour surpasser ou dominer les autres, restez chez vous, vous vous êtes trompé de voie. » Voilà ce qu'a expliqué un senseï japonais en début de pratique martiale. Il a aussi ajouté : « Si vous vous engagez dans un art martial, c'est pour vous améliorer humainement et être meilleur essentiellement pour les autres, vos proches, vos collègues de travail, vos partenaires,... Le passage de grade ne vous apporte rien, si ce n'est un bout de papier signé par un jury qui a jugé qu'à un court moment donné vous avez réalisé une belle action qui vous permet d'accéder au grade espéré. Soyez compatissant envers les erreurs humaines de jugement, autant dans la réussite que dans l'échec. Mais soyez aussi fier du travail accompli et ne vous glorifiez pas du document reçu. Il vous permet juste de continuer à vous entraîner encore plus et vous donne peut-être accès à des connaissances d'un niveau supérieur, seulement si votre esprit est capable de les comprendre et les assimiler. »

La création des dojos au Japon, ne correspond pas vraiment à une utilité de parfaire une pratique guerrière, elle s'amplifie justement quand il n'y a plus de guerre, mais quand il est nécessaire d'apaiser et de discipliner ces farouches guerriers qu'étaient les samouraïs. Le dojo est surtout une école de vie, où l'on apprend à se maîtriser soi-même avant de vouloir maîtriser un partenaire. Les japonais aiment à faire la correspondance entre la pratique martiale et le travail du forgeron pour la réalisation d'un sabre. Le dojo est pour eux une forge qui permet d'obtenir une arme avec un esprit. Le forgeron lui-même tente de donner un esprit au katana métallique qu'il fabrique en le faisant bénir au temple Shintoïste, une fois le travail achevé. Quand vous devenez Shihan, vous êtes de la même façon sacralisé par le prêtre devant l'autel shinto, non pas parce que vous êtes arrivé au terme, mais parce que, maintenant, vous avez un engagement encore plus intense à donner dans la continuité de l'apprentissage.

Sans vous en rendre compte, pendant de nombreuses années vous avez, vous même, forgé votre corps et votre mental par la pratique répétitive et assidue. Tout ce travail gagné dans la sueur et l'effort, il est désormais en vous. Laissé à l'abandon le métal s'oxyde et rouille inévitablement. Seul un entretien incessant permet le maintien de l'arme sans oxydation, prêt à être utilisée. Reprenez inlassablement et humblement ce travail pour le parfaire sans cesse. Ce n'est que poli et aiguisé que le sabre a une valeur. Affiner le polissage et entretenir l'affûtage sont des tâches sans fin pour le guerrier avisé.

Arrivé à la veille du grade Shihan, vous démontrez votre volonté d'engagement dans la poursuite de l'apprentissage et vous allez pouvoir recevoir l'enseignement en direct de Soké. Autrement dit, vous passez à un niveau supérieur dans la connaissance et il est clair que Soké va vous donner le meilleur de lui-même pour vous faciliter cet apprentissage chez lui au Japon. Ne vous y trompez pas, l'humilité de Soké lui donne parfois une image de père paisible et de pratiquant commun. Restez quelques minutes en sa compagnie et vous découvrirez un enseignant remarquable. Il veille particulièrement à se rendre disponible à chaque instant de liberté, malgré son travail de soignant, pour vous aider à progresser de la meilleure façon possible. Son dojo est ouvert du matin au soir, s'il est présent à son cabinet médical, pour vous permettre de travailler avec votre partenaire. Dès qu'il explique, tout devient clair et limpide. Evidemment, il y a un inconvénient de taille, le trajet de l'Europe vers le Japon et les frais de l'hôtel. Mais quand on revient la tête bien pleine et les muscles endoloris, c'est quelque chose qu'on oublie vite, tellement l'expérience est épanouissante et l'enrichissement est intense.

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