vendredi 22 juin 2018

Shiseï


Keiseikaï Dojo Libramont.

Shiseï.  姿勢

C'est la posture, l'attitude. Représenté par deux kanji, la forme ou image extérieure et la vigueur, l'énergie intérieure. Il s'agit donc d'une connexion entre l'intérieur et l'extérieur de nous-même, entre ce que l'on ressent et ce que l'on fait. C'est en quelque sorte notre façon de nous montrer et de faire comprendre notre esprit aux autres. Le Shiseï doit être contrôlé car il fait partie du Reiho, l'étiquette. C'est un élément essentiel de la bonne tenue dans le dojo. C'est le support et la base de tout apprentissage de technique. Sans cela, pas de possibilité de progression.
Il n'y a pas de véritable recette pour obtenir le bon Shiseï, c'est le travail de toute une vie et ça ne s'arrête jamais. Et en plus, c'est bourré de paradoxes. Ce doit être fluide mais avec une tension, rapide et lent, englobant et incisif, profond et léger. Bref, le shiseï doit démontrer un esprit et un corps totalement disponibles, prêts à tout, mais sous constant contrôle et en éveil permanent.
Au début, après l'étude des gestes de base, il faut commencer par démontrer la sincérité et le respect, c'est la base de l'acquisition de la posture correcte, surtout au moment des saluts, mais aussi durant tout le travail dans le dojo. La réception lors d'une agression c'est le Shiseï. A force de pratique sérieuse, votre attitude montrera un comportement humble, attentif à toute chose bonne ou mauvaise, une image gaie et accueillante que vous offrirez paisiblement aux autres.
La communication avec les autres dans le dojo s'occidentalise fortement, il est communément toléré de parler modérément et d'échanger des points de vue, dans une certaine mesure, entre pratiquants. Ce n'était pas le cas il y a quelques décennies. En tous cas, s'exprimer verbalement de façon mesurée et contrôlée, respectueuse de tous, est nécessaire au sein du dojo et cela fait partie du Shiseï.
Metsuke : le regard est un élément important du shiseï, le regard est humble, bienveillant et englobant, mais aussi précis et neutre. L’œil est l'activation de l'esprit mais aussi le retour de votre réflexion. Si votre esprit est disponible, votre regard l'est aussi. Si votre esprit est crispé, l’œil le sera également. Tout doit être perçu, mais aussi relativisé.
Maaï : le regard apporte la distance qui vous sépare de votre adversaire, mais quelle est cette distance ? Maaï, étymologiquement peut être traduit par une unité entre deux personnes de possibilité d'attaque. Très poétiquement en japonais c'est le rayon de lune qui passe sous une porte fermée. Un court message de danger, aussi étroit qu'un joint de porte et une faible lumière de lune. Cette distance se modifie et s'adapte suivant votre perception et votre ressenti. Donc suivant votre propre expérience, tout au long de votre évolution.
Kokyu : la respiration abdominale orientale s'obtient aussi progressivement en pratiquant concentré et en pression constante. Elle doit être profonde et lente, mais peut aussi être courte et légère. A l'image de l'esprit, disponible et flexible, permettant n'importe quel mouvement de corps sans modification de la posture générale, ni de la pression sur l'adversaire.
Le corps est fluide, mais fort et prêt à tout. La pression sur le sol est souple et légère. La tête est droite mais flexible. La nuque et les reins sont forts. Le rythme est présent dans tous les mouvements. L'esthétique des gestes, la beauté intérieure, la bienveillance, mais aussi la prudence, ressortiront de votre seule présence et permettront aussi de percevoir votre (force intérieure) Ki. Le Shiseï, c'est le miroir du cœur.

vendredi 15 juin 2018

Jinaï - Shinsetsu


Kokodo-budo-Libramont


Jinaï, Shinsetsu.


Ces mots japonais peuvent être traduit par Bonté ou Bienveillance. Cela fait partie du rituel de politesse Aïsatsu. Le samouraï éduqué s'attache à ne pas dire seulement « merci » , mais « je vous suis reconnaissant de ce que vous faites pour moi », soit : « Yoroshiku onegaï shimasu ».
Cette bonté à l'égard d'autrui, c'est le côté féminin du caractère du guerrier qui donne une image élégante et une attitude révérencieuse, démontrant le contrôle de soi et le respect à l'égard d'autrui.
Mais la Bienveillance, c'est bien plus que cette première approche visuelle de politesse, c'est le vrai principe de la vertu de l'âme qui porte à désirer le bien-être d'autrui dans le dénuement matériel et qui est demandé au guerrier de mettre en pratique dans le Bushido. C'est le résultat et la finalité de la grandeur de l'âme selon le Bouddhisme, rejoint en cela par F.Hutcheson philosophe anglais du 18e siècle.
Ce dernier met d'ailleurs en garde : la bienveillance n'est pas un instrument servant une quelconque reconnaissance d'affection ou d'intérêt, mais une disposition vertueuse s'appliquant à ouvrir son cœur et son attention à l'autre. C'est lui signifier que l'on donne de l'importance à cette personne, qu'on la valorise. Cela crée un climat naturel de disposition et d'écoute de cette autre personne à vos propres aspirations.
C'est la qualité première exigée du supérieur ou de l'enseignant. Le principe de bienveillance fait d'ailleurs partie des outils modernes de bonne gouvernance, de convivialité et d'éducation enseignés aux dirigeants, responsables commerciaux, ainsi qu'aux enseignants de toutes écoles et éducateurs de mouvements de jeunesse.
La Bienveillance n'est pas laxisme ou complaisance, elle demande de la vigilance. Ce n'est pas un acquis, cela se travaille chaque jour en gérant ses émotions et en contrôlant ses attitudes. Cette attention à l'autre doit se faire sans calcul, sans besoin de retour, ni de jugement. Elle demande réflexion, il faut méditer sur ce qui est bien pour soi et pour les autres sans commettre d'injustice. Savoir ce qui est juste pour tous, c'est donner une dimension universelle à la bienveillance, cela ne se cantonne plus à un simple rapport de personne à personne.
Politesse, empathie, disponibilité, ponctualité, honnêteté, amabilité, voilà les qualités premières à mettre en pratique pour obtenir une communication enrichissante, à cela on peut ajouter une attitude (Shiseï) calme, souriante, positive et optimiste, en rejetant formellement moquerie et médisance. La Bienveillance demande vérité, rigueur et sagesse d'esprit. Toute communication verbale ou écrite doit être filtrée par la vérité, la qualité et l'utilité. Si ces trois aspects ne sont pas réunis, il faut s'attacher à rejeter cette communication.
Il ne doit pas y avoir de volonté de changer l'autre, mais simplement se forcer à modifier son propre comportement pour provoquer une ouverture d'esprit, sans attente de brusque amélioration, ni de jugement quelconque.

Donner le meilleur de soi, sans attente de retour. C'est le sens moral pur et beau, l'élévation de l'âme.

mercredi 6 juin 2018

Muzubi


Kokodo-budo-Libramont


Muzubi, Awase.


Voilà deux termes employés souvent dans les arts martiaux japonais pratiqués avec un partenaire. L'idée est de définir la relation entre les deux personnes, établir une « liaison ». C'est d'ailleurs globalement la traduction primaire du mot, Muzubi veut dire lier, relier, unir. Mais comme toute chose au Japon, l'idée est très vaste et englobe le physique, le mental et le spirituel, tout autant que le visuel de la situation. Donc, les mots sonnent creux et définissent difficilement l'idée complète exprimée par le terme Muzubi. Pourtant la recherche de compréhension est nécessaire pour évoluer favorablement dans la pratique des arts martiaux.

Dans l'esprit Shinto, Muzubi est encore plus intense car de la fusion de la rencontre il incorpore l'idée de création et de devenir. L'existence ne peut se concevoir sans l'unité. La religion shintoïste y ajoute aussi le concept Yin et le Yang, le positif et le négatif, le bien et le mal, le chaud et le froid, cette ambivalence est la source de la vie. La corde décorée qui relie deux objets, deux rochers, deux arbres et dans la forme plus moderne le bracelet tissé ou noué en sont les symboles sacrés. Voilà bien la profondeur de la pratique martiale avec partenaire. Il est impossible de créer une technique tangible sans cette union de deux opposants.
Quoique l'on pense, nous sommes liés à nos partenaires et de l'intensité de cette liaison s'exprimera la qualité de notre travail. Si nous mettons du cœur à bien nous rencontrer, nous facilitons et nous embellissons notre pratique.

Il est parfois inutile de répéter de rester cool et se détendre, de se calmer. Si on ne donne pas une idée plus profonde à la nécessité de relâchement, les mots ont vraiment beaucoup de mal à être compris et acceptés. C'est pourquoi le terme Muzubi ou Musubi est employé. Avec cette notion, on ajoute une disposition mentale accueillante envers le partenaire qui devrait nous pousser à ne plus le voir comme un agresseur mais plutôt comme un complice de création. Cela devrait, normalement, nous permettre d'être plus détendu avec lui. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit malgré tout d'un opposant, cependant c'est une personne avec qui nous avons un lien, un frère en quelques sortes. La forme visuelle de cette rencontre sera avantageusement perçue comme un combat fraternel plutôt qu'un duel de deux enragés bourrés de testostérone.
Awase est une autre façon de traduire lien ou rencontre. Ici le terme est plus technique, il y a moins de profondeur. Mais il y a quand même une notion d'instant commun privilégié de partage. Une harmonie précise et stricte dans la rencontre avec une forme polie, toute japonaise. Awase est notamment utilisé dans le travail avec arme pour définir l'instant de croisement des armes. Dans le travail à mains nues, c'est l'instant où les mains en garde se rencontrent. Il s'agit donc aussi d'un instant éphémère, mais important en intensité, de rencontre dans le combat.

Ne passons pas à côté de cet instant magnifique de rencontre avec le partenaire, vivons le pleinement et sereinement avec tout notre cœur. Il magnifiera notre prestation.


vendredi 1 juin 2018

Attitude


Kokodo-budo-Libramont



Attitude de travail dans le dojo.


L'étiquette dans le dojo, s'appelle Reiho. Voyons en détail les qualités de cette attitude de travail dans le dojo.
Elle doit être emprunte de contrôle de soi, respect et patience.
L'attitude doit être profondément différente de celle des vestiaires ou de l'extérieur. Dès le salut d'entrée dans le dojo ou dès le salut qui marque le début de la pratique dans un hall et ce jusqu'à la fin soit la sortie du dojo ou le salut qui marque la fin de la pratique dans un hall, le calme et la concentration doivent être présents. Il est très difficile, pour tout le monde, de maintenir attention à cette façon de faire pendant toute la durée du cours. Mais nous devons tous nous y efforcer. Nous ne sommes pas au Japon et notre mentalité d'occidental correspond mal à cette façon d'être, mais de toute façon, lors des stages avec Senseï japonais nous nous efforçons de maintenir cette attitude, alors pourquoi ne pas commencer déjà dans notre dojo ?
Celui qui dirige le cours (Senseï) et le plus ancien (Sempaï) ont une grande responsabilité dans le maintien d'une attitude correcte pendant tout le cours, car l'exemple vient d'eux. Revenons sur ces trois qualités évoquées plus haut : Contrôle de soi, Respect et Patience et voyons comment, tous, quelque soit notre niveau, nous devons les communiquer aux autres.
L' habit propre et la tenue correcte sont les premiers éléments.
La posture et les salutations sont les éléments suivants.
La courtoisie et le respect de l'autre lors de nos déplacements ou prise de position de travail sont importants et témoignent de notre volonté de pratique en toute sécurité.
Et enfin, notre attitude de travail, senseï, sempaï et kohaï, durant tout le cours doit être concentrée sur ces trois qualités à mettre en pratique avec tout notre coeur.

L'échauffement, généralement donné par le sempaï, doit préparer le kohaï dans un rythme continu sans effort cardiaque intense pendant une quinzaine de minutes. La maîtrise de la gestuelle est importante, il faut travailler en souplesse mais de façon concentrée et suivant une cadence qui respecte la condition physique de chacun, tout en maintenant un effort continu. Les remarques du senseï pendant l'échauffement doivent être minimes et très courtes. Le maintien du silence et de la sérénité pendant cet effort sera déjà un premier test à gérer.
Pendant le cours proprement dit, les seuls moments pendant lesquels les pratiquants peuvent s'exprimer oralement sur invitation du senseï sont les Shugos (rassemblements pour instruction).
Normalement, le kohaï ne s'exprime que sur invitation du senseï.
Pour correspondre avec le senseï, le kohaï attend sa disponibilité et le salue avant d'entamer la conversation. Puis salue pour remercier des explications reçues.
En dehors de ces moments, il n'y a pas de raisons de s'exprimer verbalement, sauf demander de l'aide ou la permission de quitter le cours.
Si on doit communiquer avec son ou ses partenaires, on le fera à voix basse, de façon la plus brève possible.



Le silence est nécessaire à la concentration, qui est un élément fondamental de la progression. Senseï montre ou explique avec un minimum de mots le message à faire passer aux pratiquants et demande s'il y a des questions. Seulement à ce moment on peut communiquer.
Normalement, c'est le sempaï qui donne l'instruction Shugo, quand il sent que le senseï se prépare à donner des explications. La position pendant le Shugo est la position seiza. Une position assise Zazen est permise si les explications durent plus de 5 min.
Chaque fin de rassemblement (shugo) doit être marquée par un salut envers la personne qui donne des explications. Les pratiquants sont tenus de se dépêcher à entendre les explications et aussitôt après à reprendre leur place pour pratiquer. La lenteur dans ces moments pourrait être prise pour de la nonchalance et un manque de volonté de pratique.
Le sempaï ou l'instructeur s'efforce de donner le moins possible de remarques individuelles pendant le cours, la plupart des consignes doivent se faire pour tout le groupe présent.
De manière générale, il s'efforce de ne montrer aucune action, parole ou sourire qui pourrait être interprété comme moquerie à l'égard d'un ou de plusieurs pratiquants. Le maintien d'un climat de travail serein et enrichissant est primordial pour l'évolution de chacun. Les instructions sont données de manière calme sans élever la voix, le rythme de travail aussi doit être serein et adapté aux débutants qui sont présents.
Lors de la pratique, l'attention doit être portée sur chacun, sans oublier le débutant kohaï, ni le Sempaï (plus ancien). Le rythme de travail doit être maintenu et ne doit pas être cassé par le nombre ou la durée des explications.
Le Sempaï veille au bien être de chacun et à la bonne communication au sein du groupe. Il est aussi l'exemple à suivre et doit en être conscient dans son attitude, dans ses paroles et dans sa pratique. Il est aussi responsable de la bonne tenue dans le dojo et ne doit tolérer aucune ségrégation, discrimination, harcèlement, même minime, à l'égard de quiconque. Son autorité naturelle est basée sur le respect mutuel.
Le pratiquant débutant s'efforce de suivre suivant son niveau, se met en retrait sans sentiment de rejet s'il se sent dépassé. La concentration doit rester présente pendant tout le cours, ne pas se laisser distraire est difficile pour chacun. La patience envers soi-même et envers les autres doit faire partie de l'apprentissage. Faire de son mieux, sans jugement négatif, sans sentiment de culpabilité, doit être le maître-mot du kohaï.
Le respect mutuel est l'élément fondamental de cohésion du groupe de travail. Il faut pratiquer et enseigner avec son coeur, en calmant son égo et en recherchant à aider l'autre pour progresser soi-même. La pratique d'arts martiaux japonais a une finalité de grandeur humaine et de fraternité, et non une recherche d'acquisition de facultés permettant de soumettre les autres. C'est avec cet esprit que l'on évolue en qualité dans la pratique martiale.

Toutes ces directives peuvent paraître lourdes, mais forcent les pratiquants à maintenir ces trois qualités demandées. L'harmonie construite pendant le cours par chacun doit enrichir tout le groupe. Et de même, le ressenti de chacun sera amélioré par la qualité du travail collectif. Un sentiment de satisfaction et de plénitude devrait nous envahir tous, lors du salut final à la fin du cours. A ce moment là, on se rend compte du bénéfice que l'on en retire.

Arts internes

  Arts internes. Dans les arts martiaux chinois, les «formes internes» s’opposent à celles que l’on appellent les «formes externes»...