dimanche 19 septembre 2021

Illusion, La passion de la perfection.

 

L’illusion, un art… martial?

La Croisée des 2 chemins
Un essai de Carlos Vaquera


L’illusion, un art… martial?


Non, bien sûr, nous sommes éloignés du combat et de l’art de la guerre que l’art martial sous-entend – quoique, dans de rares situations… – et pourtant n’existe-t-il pas de grandes similitudes entre l’art de l’illusion et l’art du combat qu’il soit à mains nues ou à l’arme blanche ? Est-ce tout simplement le fruit du hasard si un certain nombre de créateurs d’illusions pratiquent une discipline martiale qui serait contre-indiquée et même dangereuse pour leur carrière. Citons quelques exemples qui me viennent à l’esprit : Jean-Jacques Sanvert qui pratique le Kung-Fu et le Tai Chi Chuan (et donne des cours), Christian Chelman (ceinture noire de judo), John Carney (qui pratique un art martial japonais), Gérard Majax (boxe française et canne) et bien sûr, votre humble serviteur (ceinture noire de karaté). Est-ce donc une coïncidence, ou une direction complémentaire à l’art de l’illusion ? C’est ce que je vais essayer de déterminer dans les quelques lignes qui suivent.

On peut résumer les vertus principales des arts martiaux par

1) La discipline qui demande un sens de la responsabilité individuelle et qui sous-entend une régularité dans le travail pour progresser dans une voie difficile (le chemin du créateur d’illusion souvent seul face à ses livres, son miroir (ou sa vidéo) ne demande-t-il pas ces mêmes qualités pour parvenir à une certaine maîtrise technique?).

2) La maîtrise de soi d’un point de vue physique et mental. Pour avoir l’idée d’un geste, il faut le faire mille fois. Pour le connaître, il faut l’exécuter dix mille fois. Pour le posséder, il faut le répéter cent mille fois ! (Ne faut-il pas maîtriser son corps pour arriver à réaliser une technique invisible aux yeux des spectateurs ? Ne faut-il pas maîtriser son esprit pour parvenir à contrôler la peur de l’autre lors d’une représentation publique ?)

3) Le développement des qualités psychomotrices qui résultent de l’espace et du temps et son contrôle. (Ne faut-il pas gérer son corps tout entier pour la création de l’atmosphère magique propice à l’enchantement des spectateurs ? Et tout cela dans un temps juste ?)

4) Le développement de la perception d’une image de nous-même plus juste qui entraîne l’abandon d’un ego trop fort et nous rend plus humble et respectueux face à l’autre. (L’illusion ne nous apprend-elle pas à respecter l’autre en lui donnant une image positive de nous-même ?)

5) La réflexion qui amène l’artiste martial à méditer sur une technique pour atteindre, dans l’action, une maturité artistique de l’art qu’il pratique. (Faut-il en dire davantage ?)

Les asiatiques pensent que l’homme naît en quelque sorte infirme, et qu’il leur faut un travail constant sur eux-mêmes pour leur permettre, grâce à la culture du geste, de retrouver un certain équilibre qui améliorera leur existence. Ce travail constant passe par le travail de la posture, de la respiration et de l’état d’esprit.

La posture

La posture juste est un point fondamental pour une bonne pratique des arts martiaux. Elle est essentielle pour nous permettre d’être parfaitement en équilibre et d’avoir la meilleure position possible pour être en état de vigilance constante face aux événements. Cette posture juste passe par les pieds (membres inférieures), les hanches, le tronc (membres supérieurs) et le port de tête (dont le regard fait partie) – ne retrouvons-nous pas une certaine similitude avec les « Cinq points magiques » de Juan Tamariz : Le regard, la voix, les mains, les pieds et le corps.

« Le regard est une énergie qui vient du ventre, projetée en avant ! C’est tout le corps qui regarde. » – propos du mime Marcel Marceau.

Lors d’une rencontre entre Pierre Delorme (maître dans l’art du Kendo et de l’Iaïdo, auteur de livre et dessinateur de bande dessinée) et Maurice Béjart, ce dernier disait : «J’aimerais insister sur un point qu’a développé Pierre tout à l’heure. Il vous a parlé de l’unité du corps et de l’esprit. De la vigilance du corps qui engendre celle de l’esprit. Je voyage dans le monde entier, et on me présente un peu partout les grandes personnalités, les grands artistes des pays où je suis. Une des grandes différences entre l’Occident et l’Orient tient en ceci : en Europe, en France, nos grands cerveaux, philosophes, professeurs, grands chirurgiens, artistes, ne sont que cérébraux. Ils sont souvent bossus, ils ne tiennent pas droits. Surtout ils sont d’une maladresse insigne avec corps. Ils renversent les objets, ils n’occupent pas harmonieusement l’espace, leurs corps n’a jamais l’intelligence de leur cerveau ! En Orient, c’est tout le contraire ou plutôt c’est très différent : un grand potier, un grand acteur, un calligraphe réputé, un poète célèbre aura toujours un maintien impeccable ; il y aura toujours l’harmonie du corps et de l’esprit, même si c’est apparemment un grand intellectuel.»

Le travail de la posture, du geste et des mouvements ne peut se réaliser que dans la régularité. Ce n’est pas le nombre d’heures que l’on passe à travailler une technique qui est le plus important, mais la régularité avec laquelle nous la travaillons. Il vaut mieux travailler une technique 1/2 heure par jour pendant une semaine que 4 heures d’affilée un jour de la semaine.

« Il faut soigner le corps pour que l’âme s’y plaise » affirmait Saint-François de Salle, Évêque de Genève vers la fin du XVIème siècle.

Dans l’étude du karaté que je pratique depuis plusieurs années, j’ai constaté que l’initiation passe par l’imitation. Le débutant imite l’autre sans comprendre le pourquoi, ni réellement le comment de la technique montrée. C’est à force de répétition et donc d’observation, qu’il va essayer de suivre les autres en se rapprochant le plus possible du mouvement montré. Ensuite, une fois que la technique de base a été copiée des centaines de fois, viendra la correction donnée par les ceintures supérieures. C’est alors que commencera le long cheminement que demandera une technique pour être acquise. Il faudra la répéter des millier de fois pour la « sentir », la « perdre », la « reconquérir » et « comprendre » que la perfection en technique n’existe pas. Au bout du chemin, il faudra oublier la technique de base étudiée pour la rendre sienne. Celle-ci se transformera et deviendra personnelle ; chaque technique exécutée par un maître portant la marque de son auteur.

La respiration

La phase d’inspiration correspond à un emmagasinement d’air, tandis que l’expiration lente et profonde permet la diffusion de cette énergie dans tout le corps. Dans les arts martiaux, l’attaque doit toujours avoir lieu pendant l’expiration et si possible pendant l’inspiration de l’adversaire, moment où celui-ci est le plus vulnérable. Christian Chelman, lors d’une interview, nous disait : «…C’est-à-dire que tout acte technique est basé sur le souffle. Or, la plupart des magiciens travaillent toutes leurs techniques sur des inspirations et ça se sent. Pourquoi ? Parce qu’une inspiration crée une tension. Or, le Blitz ou toutes les techniques que j’ai mises au point, sont basées sur le fait qu’on les réalise en expirant, en se relâchant. Ce qui les rend totalement imperceptibles. Non pas invisibles pour les yeux, mais invisibles pour l’esprit. Puisque, quand je me relâche, l’autre se relâche aussi, il ne fait pas attention. L’attention, c’est comme un film, on a l’impression de voir une image continue mais en réalité ce sont tous des segments.»

La plupart des gens confrontés au public (comédiens, hommes politiques, présentateurs…) ont une variété de techniques basées sur la respiration pour contrôler leur trac avant de rentrer sur scène. Les techniques de respiration proposées par les arts martiaux ou par les arts de méditation (zen, yoga…) sont de grande utilité pour acquérir une certaine maîtrise de soi-même.

L’état d’esprit

L’éducation de l’esprit passe par le travail du corps. C’est la base de l’entraînement dans les arts martiaux. Sentir avec l’esprit, c’est bien, mais sentir avec le corps est l’élément le plus important pour arriver à une compréhension la plus proche de l’art que l’on pratique. On pourrait dire, à l’extrême, qu’aucune théorie n’est valable sans l’avoir vécu dans l’action. Il faut mettre en pratique ce que l’on lit, ce que l’on étudie. Ce n’est que par cette voie que l’on pourra en parler de manière plus complète. Il faut aussi apprendre à écouter les choses comme si on les écoutait pour la première fois. Il faut apprendre à exécuter un mouvement comme s’il était unique et avec la conscience qu’on ne pourra le réaliser qu’une seule fois. Ne pas subir les événements, les affronter, décider de l’action juste, prendre l’initiative rapidement, anticiper, avoir une bonne image mentale de soi, garder le respect de l’autre, sont des éléments qui résument l’attitude juste face à un adversaire, mais pourquoi pas face à la vie en générale.

« Le plus beau métier d’hommes est le métier d’unir les hommes » – Antoine de Saint-Exupéry

Il faut prendre connaissance que la réflexion ne se fait pas uniquement par l’esprit mais aussi par le corps. La juxtaposition de la pensée et de l’action est une nécessité absolue dans la maîtrise d’un art. Il faut trouver cette harmonie. Le danger est de se laisser à tout intellectualiser, à méditer sans faire vivre ses pensées par le corps. Mais cette manière d’être ne doit pas uniquement se centraliser par le « je », « l’autre » existe et sans lui, je ne suis rien. Sans adversaire, il n’y a plus d’art martial. Sans public, il n’y a plus d’art. Et qu’on ne vienne pas me dire que l’art égoïste qui est pratiqué en solitaire est un art, car l’art n’existe que par les yeux de l’autre. Trop souvent on voit des magiciens se faire plaisir, sans tenir compte qu’en face d’eux existent des personnalités avec qui ils devraient échanger un moment qui se veut unique. Ces magiciens-là nous donnent l’impression qu’ils sont à la fois les acteurs et spectateurs de leurs actions. Manifestement, ils s’illusionnent sans illusionner personne. Finalement si le public n’était pas là, ça n’aurait pas grande importance.

L’art martial (mais aussi le théâtre, l’improvisation sportive etc.) nous apprend à vivre avec l’autre, à être à l’écoute de l’autre et à partager une émotion en commun qui se veut à chaque fois différente puisqu’il nous est impossible de recréer de manière complètement identique une même action. Cet apprentissage nous rendra plus harmonieux avec ce qui nous entoure. Et pas uniquement en spectacle ! Et notre plaisir sera aussi celui de notre public. N’y-a-t-il rien de plus beau que de partager une émotion en commun ici et maintenant ?

De l’importance du maître

Le maître est plus qu’une accumulation d’expériences et de connaissances. Il est le centre d’énergie physique et spirituel qui attire les disciples (ou élèves) vers lui dans le but de recevoir une tradition orale épurée. Une fois rentré dans le Dojo, que l’on considère comme un espace sacré, l’écoute et la concentration doivent être optimales. C’est dans cette atmosphère de réceptivité totale que l’élève doit se sentir prêt à recevoir la connaissance. Ce que le maître transmet est, en quelque sorte, un héritage accumulé au fil du temps. Cet héritage est une suite de découvertes faites au prix de nombreuses années de recherches, de fausses pistes, de découragements, etc. Celui-ci n’est pas l’objet d’un seul homme, ni d’une seule génération, il est l’accumulation de milliers d’individus qui, de bouche à oreille, ont transmis leurs secrets ; avec, comme chacun le sait, une tendance à transformer et à adapter le contenu transmis. Le maître est le moteur qui pousse l’élève à prolonger son chemin dans une voie qui se veut difficile. Il est là pour le motiver et lui apprendre à découvrir sa propre réalité, différente de celles des autres, et non pas à en faire une copie conforme de lui-même. Son plaisir est le partage et la réussite des autres dans la recherche de l’épanouissement, tant physique que spirituel. Il est entendu, que les doutes, les épreuves physiques et psychologiques font parties intégrantes de cette conquête. Dans cette voie, l’être humain et l’art sont indissociables, et au bout du chemin tous les deux en sortent grandis.

S’il ne fait aucun doute que l’Espagne est considéré, à l’heure actuelle, comme le pays où la cartomagie est à son niveau le plus haut, ce fut grâce à la présence d’un maître tel qu’Arturo de Ascanio, qui a su cultiver la transmission de l’art dans sa plus belle forme.

Après ce petit détour dans mes réflexions théorico-philosophiques, je peux vous certifier que l’art martial est complémentaire à l’art de l’illusion… au même titre que l’art théâtral, la musique, la peinture, les mathématiques, le massage, et tout ce que vous faites avec passion. Un artiste a la liberté de s’enrichir personnellement en se dirigeant vers des horizons éloignés de son art. C’est cela qui le rendra unique.


samedi 28 août 2021

Reprise saison 2021-2022

 Après une longue période d'incertitude et d'arrêts répétés de pratique, nous espérons pouvoir reprendre une pratique normale et assidue de notre sport favori.


mercredi 18 août 2021

Le grade Shihan

 

Kokodo-budo-Libramont


Le grade Shihan.


« Si vous pratiquez pour acquérir des compétences pour surpasser ou dominer les autres, restez chez vous, vous vous êtes trompé de voie. » Voilà ce qu'a expliqué un senseï japonais en début de pratique martiale. Il a aussi ajouté : « Si vous vous engagez dans un art martial, c'est pour vous améliorer humainement et être meilleur essentiellement pour les autres, vos proches, vos collègues de travail, vos partenaires,... Le passage de grade ne vous apporte rien, si ce n'est un bout de papier signé par un jury qui a jugé qu'à un court moment donné vous avez réalisé une belle action qui vous permet d'accéder au grade espéré. Soyez compatissant envers les erreurs humaines de jugement, autant dans la réussite que dans l'échec. Mais soyez aussi fier du travail accompli et ne vous glorifiez pas du document reçu. Il vous permet juste de continuer à vous entraîner encore plus et vous donne peut-être accès à des connaissances d'un niveau supérieur, seulement si votre esprit est capable de les comprendre et les assimiler. »

La création des dojos au Japon, ne correspond pas vraiment à une utilité de parfaire une pratique guerrière, elle s'amplifie justement quand il n'y a plus de guerre, mais quand il est nécessaire d'apaiser et de discipliner ces farouches guerriers qu'étaient les samouraïs. Le dojo est surtout une école de vie, où l'on apprend à se maîtriser soi-même avant de vouloir maîtriser un partenaire. Les japonais aiment à faire la correspondance entre la pratique martiale et le travail du forgeron pour la réalisation d'un sabre. Le dojo est pour eux une forge qui permet d'obtenir une arme avec un esprit. Le forgeron lui-même tente de donner un esprit au katana métallique qu'il fabrique en le faisant bénir au temple Shintoïste, une fois le travail achevé. Quand vous devenez Shihan, vous êtes de la même façon sacralisé par le prêtre devant l'autel shinto, non pas parce que vous êtes arrivé au terme, mais parce que, maintenant, vous avez un engagement encore plus intense à donner dans la continuité de l'apprentissage.

Sans vous en rendre compte, pendant de nombreuses années vous avez, vous même, forgé votre corps et votre mental par la pratique répétitive et assidue. Tout ce travail gagné dans la sueur et l'effort, il est désormais en vous. Laissé à l'abandon le métal s'oxyde et rouille inévitablement. Seul un entretien incessant permet le maintien de l'arme sans oxydation, prêt à être utilisée. Reprenez inlassablement et humblement ce travail pour le parfaire sans cesse. Ce n'est que poli et aiguisé que le sabre a une valeur. Affiner le polissage et entretenir l'affûtage sont des tâches sans fin pour le guerrier avisé.

Arrivé à la veille du grade Shihan, vous démontrez votre volonté d'engagement dans la poursuite de l'apprentissage et vous allez pouvoir recevoir l'enseignement en direct de Soké. Autrement dit, vous passez à un niveau supérieur dans la connaissance et il est clair que Soké va vous donner le meilleur de lui-même pour vous faciliter cet apprentissage chez lui au Japon. Ne vous y trompez pas, l'humilité de Soké lui donne parfois une image de père paisible et de pratiquant commun. Restez quelques minutes en sa compagnie et vous découvrirez un enseignant remarquable. Il veille particulièrement à se rendre disponible à chaque instant de liberté, malgré son travail de soignant, pour vous aider à progresser de la meilleure façon possible. Son dojo est ouvert du matin au soir, s'il est présent à son cabinet médical, pour vous permettre de travailler avec votre partenaire. Dès qu'il explique, tout devient clair et limpide. Evidemment, il y a un inconvénient de taille, le trajet de l'Europe vers le Japon et les frais de l'hôtel. Mais quand on revient la tête bien pleine et les muscles endoloris, c'est quelque chose qu'on oublie vite, tellement l'expérience est épanouissante et l'enrichissement est intense.

samedi 24 juillet 2021

Ichi go , ichi é

Midori Yama Budokai: Hanshi’s Corner .

Ecrit par Professeur Ron Rogers



Juillet 2016

Ichi go, ichi e: Une vie, une rencontre. (Tout dépend d'un instant !)

Shingi. Parmi d'autres sens, shingi fait allusion au processus d'apprentissage à penser aux techniques et au maintien du même niveau émotionnel dans la bataille. Les techniques physiques ne sont pas assez. Les techniques mentales doivent aussi être maîtrisées. Dans ce contexte, les techniques mentales font allusion à la conscience mentale. Cette conscience est très importante dans les signaux perspicaces ou « répétés » de l'adversaire. Pour les maîtres étudiants shingi, (le processus de pensée), ils peuvent voir la pensée comme Ku, ou vide, ou Mu, néant. Avec l'utilisation de Ku et de Mu, l'artiste martial ne fait pas allusion à un sens nihiliste, mais que l'esprit est vide de la pensée préconçue. Ce type de non-pensée permet à l'exposant de voir ce qui arrive vraiment et réagir convenablement. Ku/Mu est la culmination de pensée intuitive, qui permet la réponse correcte à l'instant correct. Comme le corps est formé pour la mémoire de muscle, l'esprit est formé pour la réaction intuitive.


Gokui Waza : “Techniques secrètes”

Bien que d'habitude littéralement traduit comme “techniques secrètes", gokui waza a un sens quelque peu différent dans l'usage réel. Le terme désigne une technique la mieux adaptée à une situation donnée. Lorsqu'on est attaqué et forcé de défendre, la technique la mieux conçue pour cette défense est un gokui waza. Par conséquent, chaque personne choisira ses propres techniques qui lui sont les plus faciles. Le terme "facile" désigne ici des techniques simples qui peuvent être faites sans réflexion consciente lorsque le besoin se fait sentir. Gokui waza dépend du Shingi, comme décrit ci-dessus. Il est impératif que l'on reste calme et détendu afin que le mental intuitif puisse guider le corps dans la défense appropriée. C'est une application pratique du shi-ki-chikara.


Ma-aï, « la distance »

Ma est la distance nécessaire à l'exposant pour compléter une technique. C'est la distance potentielle pour frapper pour un individu. Ma-ai est la distance réelle entre deux exposants. Ma-ai est la même pour les deux personnes, mais Ma diffère d'une personne à l'autre. Bien que les deux soient à la même distance l'un de l'autre (ma-ai), l'un peut être capable de délivrer une attaque, en raison d'une plus grande portée, de sorte que son Ma serait plus grand que celui de son opposant. Plus grande dans ce cas se réfère à la capacité, pas la distance dans le sens de plus loin.


La compréhension des grades.

Le système dan-kyu a été conçu par Kano Jigoro Shihan et d'abord adopté pour le karaté par Funakoshi Gichin. Kano Shihan a conçu le système en 1883, accordant aux étudiants en Aïkido par Saito et Tomita, le rang dan de Shodan. Ironiquement, l'intention de Kano Shihan‟s était de faire réaliser aux étudiants que la formation n'était jamais terminée. En fait, le titre de Shihan a été choisi pour empêcher les personnes de poursuivre le rang numérique. Kano a été accepté comme Judan, et quand il a promu certains de ses élèves à ce grade, le Kodokan a ajouté Juichidan et Junidan pour promouvoir Kano au-delà de ses élèves. Kano a déclaré que l'ajout de grades ne faisait pas l'art

ou personne mieux, et qu'il n'y aurait pas d'augmentation supplémentaire. Ces grades ont été inclus dans l'impression de Kodokan Judo illustré de 1955, à la page 284. Aujourd'hui, de nombreuses personnes ont pour objectif "d'obtenir la ceinture noire". Cela ne va généralement pas plus loin que Shodan, qui est le vrai (littéralement) début. Les ceintures colorées n'ont pas été utilisées à l'origine, et les premières "ceintures noires" ont été émises en 1886... Il s'agissait en fait de ceintures à porter avec le kimono ; les ceintures telles que nous les connaissons aujourd'hui n'ont été introduites qu'en 1907, lorsque le judogi a remplacé le kimono. Les premiers grades dan du karaté ont été décernés le 12 avril 1924. Funakoshi a décerné le grade de Shodan à sept élèves : Tokuda, Otsuka, Akiba, Shimizu, Hirose, Gima et Kasuya. Peu après, le Dai Nippon Butokukai a institué les titres de Hanshi et Kyoshi. Kyoshi a ensuite été remplacé par Tashi, bien qu'aujourd'hui Kyoshi soit utilisé. Quelques années plus tard, le Butokukai a ajouté le rang de Renshi. Le plus grand problème avec les ceintures colorées est que l'on recherche la ceinture plutôt que l'apprentissage qu'elle représente. En d'autres termes, c'est la ceinture, et non le savoir, qui est l'objectif. De nombreux traditionalistes pensent que les ceintures colorées devraient être abandonnées et que le budo devrait être recherché pour la connaissance, comme c'était le cas dans le passé.
Les informations sur les grades shingi, gokui waza, ma, ma-ai et dan-kyu sont basées sur Karate-do : History and Philosophy de Takao Nakaya.


L'équilibre « Taï Chi ».

Selon Sifu Sophia Delza, Tai Chi Chuan, l'équilibre comprend à la fois l'esprit et le corps, avec un équilibre stationnaire et mobile. Sifu Delza place l'équilibre au quatrième sur cinq éléments essentiels. Les essentiels sont: la lenteur, la légèreté, la clarté, l'équilibre et le calme. Il y a sept phases pour un bon équilibre, comme suit. Premièrement, il faut avoir une capacité physique. Deuxièmement, une compréhension des séquences de mouvement. Troisièmement, il y a un flux régulier des mouvements et le contrôle de l'inactif. Quatrièmement, il y a le contrôle des changements du Yin au Yang et du solide (shih) au vide (hsu). Cinquièmement, le contrôle du mouvement de l'espace à la forme. Sixième, la conscience mentale (nous sommes de nouveau au shingi!); enfin, septièmement, il y a un esprit de calme. Il faut avoir la capacité d'exécuter les techniques comme un formulaire. Les mouvements doivent être séquentiels et réguliers, passant d'une jambe lestée à une jambe non lestée. Vous devez faire les mouvements dans leur ensemble, pas par parties, en restant totalement conscient de tout le corps et de l'esprit. Tout au long, il faut rester calme, sans pensée consciente.


La respiration.

Votre professeur émérite a déjà mentionné l'importance de respirer dans un certain nombre de publications. Le concept de respiration correcte est étudié dans tous les arts martiaux traditionnels. L'un des premiers à le mentionner à propos des situations de combat a été Kano Jigoro Shihan. Kano Shihan a enseigné que «lorsque [l'adversaire] inspire, son temps de réaction est plus long que lorsqu'il [ou elle] expire.» L'une des premières choses apprises est que l'expiration aide l'exposant à exercer une force plus forte. Philosophiquement, l'expiration de la respiration libère de l'énergie vers l'adversaire. Physiquement, cette expiration fonde l'exposant et stabilise sa position, lui donnant plus de pouvoir. Quand on inspire, la stabilité est perdue en raison de la direction de l'énergie vers soi-même. Une respiration trop forte est incorrecte, en déséquilibre, ce qui rend plus vulnérable aux attaques ou aux contre-attaques. Sans entraînement, la réaction habituelle est de respirer brusquement lorsque l'équilibre (physique ou mental) est perdu. À l'inverse, lorsque l'équilibre est perdu, on inhale généralement. Dans les deux cas, l'inhalation peut conduire à une défaite. L'une des raisons pour lesquelles une respiration correcte est pratiquée est de se défendre contre un enlèvement à cause du chloroforme. Quand un chiffon est placé sur la bouche et le nez, la tendance est à inspirer profondément - une réaction de surprise. Lorsque cela est fait, les vapeurs sont respirées, accélérant le point d'inconscience. Une méthode d'entraînement consiste à demander à quelqu'un de placer un chiffon (sans chloroforme, bien sûr!) Sur le nez et la bouche pour apprendre à expirer, afin de ne pas inhaler les vapeurs. Pour simuler l'inhalation de fumées, la substitution de l'huile de banane peut être utilisée; il est indéniable et vous indiquera rapidement si vous inspirez! La respiration est l'une des raisons pour lesquelles les traditionalistes ne tolèrent pas le fait de faire du kata en musique. Bien que esthétiquement agréable, avec la musique, le modèle de respiration dans un kata, qui devrait être appris, est perdu; par conséquent, le principe combatif est également perdu.

On peut mentionner que Robert Fitzsimmons, dans son livre Physical Culture and Self-Defense, consacre douze pages (avec illustrations) à l'art de respirer correctement.



Le développement du Hara.

Haragei ou développement du bas de l'abdomen lié à une posture correcte

Le développement du bas-ventre, en utilisant une posture correcte, est d'une importance primordiale pour l'artiste martial. Le bas de l'abdomen est connu sous le nom de shita hara, tanden et seika tanden. Indépendamment de la terminologie (et il y en a d'autres), il y a une raison physiologique solide à son développement. Le site du bas de l'abdomen, également connu sous le nom de bas du tronc, est le site de certains des muscles les plus gros et les plus forts du corps. En plus de soutenir la colonne vertébrale, ces muscles représentent environ un tiers du poids du corps. Par conséquent, ces muscles aident à coordonner les mouvements du corps tout entier de manière très dynamique, ce qui se traduit par un mouvement harmonieux du corps. Un maître zen, Hida Harumitsu, a déclaré que la force exercée à partir du bas de l'abdomen entraînait une «pression centripète correcte». Hida a poursuivi: «Dans une posture qui assure une« force centripète correcte », vous pouvez maîtriser votre volonté plus facilement, favoriser la croissance unifiée du centre nerveux moteur et développer les fibres nerveuses allant aux muscles du centre moteur…» Le corps tient environ huit à dix pintes de sang, dont 2,4 à trois pintes sont contenues dans le bas de l'abdomen. Si une posture et une respiration appropriées ne sont pas pratiquées, le sang peut ne pas circuler de l'abdomen vers le cœur comme il le devrait et des problèmes de santé peuvent survenir. La posture correcte, telle que définie ici, fait référence au judo shizentai ou au karaté teiji-dachi. Le mouvement de la tête est inhérent au shizentai (teiji dachi). La tête, chez un adulte, a à peu près la taille et le poids d'une boule de bowling (douze à seize livres). De plus, là où va la tête, le corps suit. Pour comprendre ce principe, allongez-vous sur le dos sur le tapis avec la tête tournée vers la gauche ou la droite. Demandez à un partenaire de placer la paume sur le côté du visage et essayez de tourner dans le sens opposé à la direction à laquelle vous faites face. Si le visage est vers la gauche, essayez de tourner vers la droite. Cela signifie que lorsque la tête (douze à seize livres) et le bas de l'abdomen (un tiers du poids du corps) bougent ensemble comme ils le devraient, le corps bougera dans son ensemble et de manière beaucoup plus dynamique que s'il se déplaçait par parties. Si une personne pèse 180 livres, soixante-douze à soixante-seize livres - plus d'un tiers du poids corporel - déplace tout le poids corporel dans la direction souhaitée. La force comprendra la masse du corps entier plutôt que simplement une jambe ou un bras.


Objectifs de base pour la défense de soi ou des autres.

Le seul facteur primordial en défense est qu'un combat loin de l'entraînement n'est pas un sport! Peu importe à quel point le sport est physiquement exigeant, il reste un sport avec des règles, des arbitres et des limites de temps. Quand on se bat pour sa vie, il n'y en a pas!

Par conséquent, les zones attaquées doivent être des «bouchons de combat». Frapper constamment des zones non vulnérables est une non-compétence. Au mieux, ils sont inefficaces. Au pire, ils peuvent amener l'attaquant à «monter la barre» et à devenir plus violent. Les études réalisées sur des femmes qui ont dû recourir à des moyens physiques de défense donnent trois points d'attaque vulnérables majeurs. Tout d'abord, les yeux, généralement des gaz lacrymogènes ou du gaz poivre sont utilisés pour provoquer une cécité temporaire. Cela devrait donner à la personne une chance de s'échapper. N'oubliez pas que la fuite est la principale préoccupation Ce n'est pas un film; ne «tenez pas votre position» pour «lui donner une leçon». Deuxièmement, la gorge, qui est mieux attaquée par un coup de poing (le karaté traditionnel enseigne cela dans le Wansu ou l'Empi). Si l'attaquant ne peut pas respirer, il sera difficile de poursuivre l'attaque. Encore une fois, utilisez ce temps pour vous échapper! Troisièmement, le genou; après tout, si l'attaquant ne supporte pas, il ne peut pas attaquer. Cela ne s’applique bien sûr pas aux armes calibrées, et éventuellement aux armes blanches. La seule fois où une femme (ou un homme) devrait tenter d'attaquer «l'aine» de l'adversaire est avec une totale surprise. Les hommes ont un réflexe intégré pour protéger cette zone de leur corps. Si quelqu'un essaie et échoue, la situation s'est automatiquement aggravée. Quelle que soit la cible choisie, elle doit être attaquée avec 100% de conviction. S'il y a une retenue, l'exposant est voué à l'échec!



Terminologie.

Tsukuri fait bouger votre corps pour profiter des mouvements corporels de votre adversaire.

Damashi se réfère à l'esprit, comme «il a l'esprit». Yamato Damashi serait l'esprit japonais.

Yuka geri sont des coups de pied faits depuis le sol.

Cho-un, comme dans Cho-un no kon (bo kata de Cho-un), signifie littéralement «nuage papillon». En fait, papillon est un malapropisme car son orthographe originale était «flutterby».

Iji est l'ordre du rang ou des sièges. Sekiji est l'ordre des places. Shoza est le siège d'honneur où siège le shushin (invité d'honneur). Kamiza ou Joza sont les sièges supérieurs, réservés aux hauts fonctionnaires; également appelé Joseki ou le siège supérieur, ou siège d'ancienneté. Shimoza sont les sièges inférieurs avec basseki étant le siège le plus bas.

Niretsu signifie «deux rangées».

Moten signifie «angle mort».

Tout ou partie de ces informations peuvent être copiées pour les étudiants si vous le souhaitez. Tout ce qui est demandé, c'est que la reconnaissance de la paternité soit donnée.
 

mercredi 23 juin 2021

L'arme partenaire

 

Kokodo-budo-Libramont



L'arme est aussi un partenaire.




Les circonstances sanitaires actuelles nous obligent à réfléchir à de nouvelles façons d'apprendre. Le travail avec armes fait partie des apprentissages martiaux. L'arme y est considérée comme un réel partenaire. Cette arme est notre sauvegarde et notre protection. Si nous effectuons des mouvements c'est pour lui permettre de se placer correctement et de répondre le mieux possible à une situation. Donc, si nous bougeons, c'est pour elle. Tous nos mouvements doivent être concentrés sur la juste utilisation de l'arme et sa meilleure efficacité. Elle devient donc le partenaire sans pitié, pur reflet de notre savoir faire.


Le travail avec armes requiert les mêmes aspects martiaux qu'avec partenaires : la juste connaissance des distances d'attaque, savoir attendre le moment propice pour réagir, rester serein et l'esprit ouvert, appliquer la menace et la disponibilité, éviter les tensions et la force musculaire, privilégier la décontraction. Toute la panoplie des aptitudes de combat corps à corps est nécessaire pour le travail avec les armes.


L'utilisation de l'arme demande aussi beaucoup de respect, d'honneur et d'humilité. Il est nécessaire de voir cette arme comme une assurance vie d'une valeur inestimable à maintenir à nos côtés, toujours prête à entrer en action. Souvent, le samouraï chef de clan considérait son sabre comme ayant plus de valeur que sa propre existence. Outre le coût important de l'arme, ce sabre forgé par de célèbres forgerons, était transmissible au travers de multiples générations de guerriers.


Un autre aspect du travail des armes est le contrôle, la maîtrise. Comme tout outil, la manipulation d'une arme demande du temps, de la concentration et beaucoup de travail. La dextérité s'obtient par le nombre d'heures de pratique et par le sérieux qu'on y met. Le mental fort et le respect permettent un contrôle de soi, de l'arme et aussi du partenaire. L'arme n'est pas seulement un objet qui donne la mort. Elle doit aussi, bien maîtrisée, permettre de sauvegarder la vie et également donner à l'adversaire la possibilité de changer d'attitude.



samedi 18 juillet 2020

Vacances d'été 2020


Kokodo-budo-Libramont




Vacances sportives malgré le Covid 19.



Les mesures de sécurité liées au Covid 19 ne permettent pas de pratiquer des arts martiaux de contact sur tatamis avec grande facilité. Des protocoles drastiques sont imposés pour ces pratiques. Nettoyage des tatamis, désinfection des locaux, des accès, des vestiaires, liste nominative des participants avec nombre limité. Beaucoup de communes déjà très impactées financièrement par ce virus rechignent à mettre ces coûteuses mesures de sécurité en œuvre.

Nous avons donc élaboré une pratique martiale japonaise avec distanciation sociale en tenue Kimono ou de sport, soit en extérieur si le temps le permet ou en salle. Cette pratique se fait en chaussettes en salle ou en chaussures de sports à l'extérieur. La pratique se fait sur base de mouvements (Kihon japonais) de technique de sabre Iaïjutsu et Kenjutsu ou de bâton Jojutsu.

Nous y apprenons les saluts, les postures, les gardes, les échauffements et étirements nécessaires à ces pratiques. Ensuite nous travaillons de courts mouvements enchaînés pour nous familiariser à ces pratiques. Ces Kihons proviennent directement d'enseignants japonais. Ce ne sont pas des mouvements inventés par nous-mêmes. Nous essayons de les reproduire le plus fidèlement possible.
Nous y incorporons des mouvements issus de Soke Irié pour permettre d'améliorer nos techniques et postures kokodo-jujutsu.

Ces pratiques sont gratuites et accessibles à tous pendant les vacances d'été en juillet et août 2020 les vendredis soirs de 19h30 à 21h à la petite salle du Centre Sportif de Libramont.



dimanche 28 juin 2020

Koinobori


Kokodo-budo-Libramont




Koinobori.




Les cerf volants en forme de carpe Koï. Manche à air de papier ou fin tissus, porte bonheur coloré pour amuser les enfants les jours de fête, mais aussi porte bonheur traditionnel qui apporte force et persévérance à tous les membres de la famille japonaise. La grosse carpe supérieure noire représente le patriarche (père), la seconde rouge représentait anciennement le fils aîné mais actuellement la mère de famille, et chaque enfant est représenté par une petite carpe de couleur différente.

Force et persévérance des carpes qui remontent les puissantes rivières qui descendent des montagnes japonaises sont aussi les qualités nécessaires aux pratiquants d'art martiaux pour affronter les difficultés d'apprentissage. Passer en puissance et en souplesse les épreuves pour obtenir la maîtrise d'un budo est le rêve du pratiquant. Mais le manquement ou l'échec sont aussi les pires cauchemars de la même personne rêveuse de réussite.

Savoir se jouer des obstacles avec aisance est la vraie force. Pouvoir déjouer les pièges et les tentations permet d'arriver sereinement au but recherché. Maintenir l'esprit ouvert et critique, en perpétuelle recherche de simplicité et d'efficacité, sans contrainte physique, permet de progresser vers la compréhension de la vraie force.

Pouvoir mettre de la force dans son esprit pour le maintien à la progression en faisant abstraction de ses petits défauts est le meilleur moyen d'acquérir des résultats positifs. Savoir établir les bonnes priorités pour arriver à son but fait aussi partie de la volonté de progression. Ce n'est pas assez de faire des pas qui doivent un jour peut-être conduire au but, chaque pas que vous faites doit être lui-même un véritable but qui vous pousse à avancer vers l'objectif final. Chaque minute de pratique doit être prise au sérieux pour faire progresser vers le succès.

La maîtrise et l'excellence s'acquièrent par la persévérance dans le travail, la pratique, la répétition, la concentration et le respect, dans un long processus d'apprentissage. On devient ce que l'on fait de mieux avec assiduité.



samedi 30 mai 2020

Yorochi


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Yorôchi



Traduction : Anticiper. Si tu cherches consciemment à t'opposer à ton ennemi , tu es déjà en retard. Cette sentence de Myamoto Musashi est aussi une illustration de l'utilité de parfaire l'art d'anticiper.

Première étude : Le mouvement se développe naturellement en accompagnant, c'est le principe Aïki. Le principe d'action en harmonie naturelle avec le mouvement perçu est un modèle typiquement japonais, l'art de l'inconsistance du moi. Il n'y a plus d'esprit de calcul, de feinte, de tromperie, l'action est spontanée à partir du hara centré. L'harmonie ne peut être que le résultat d'une présence légère, concentrée mais pas focalisée, de manière à permettre intuition et action en même temps. Il ne doit pas y avoir de rupture de rythme, l'énergie se manifeste dans l'état le plus pur. En kyudo, l'archer est en même temps l'arc, la flèche et la cible. La volonté d'agir, de retenir ou de bloquer disparaît, comme celle de tendre ou d'influencer quoi que ce soit.
Deuxième étude : L'intuition permet l'anticipation. Mais pour pouvoir détecter l'intention de mouvement il faut connaître le fonctionnement de celui qui fait ce mouvement et être en harmonie avec ses pensées et ses gestes. Cette connaissance ne s'acquiert que par l'expérimentation, l'expérience acquise par une pratique réaliste. La compréhension des signaux faibles émis par l'autre permet l'anticipation. L'attention et la vigilance mettent tous les sens en éveil, la perception est totale par la gravité de la situation de danger, mais le corps reste calme et décontracté pour pouvoir réagir dans l'instant. L'authenticité et le naturel sont nécessaires de part et d'autre, la moindre hésitation est fatale.

Troisième étude : Si l'art de survie est dans la défense, la chance de victoire est dans l'attaque. Encore un principe de guerrier. Il faut se défendre en attaquant, si ce n'est visuellement, ce doit être dans l'esprit. Absorber n'est pas reculer ou se replier, mais doit permettre l'offensive.

Quatrième étude : L'impatience est l'ennemi du temps. Connaître le moment exact de l'action efficace est la solution. Le moment propice est toujours le dernier instant, celui où l'agresseur s'est engagé et ne peut stopper ou modifier son action sans perdre son efficacité. Sentir calmement cet instant de danger imminent est primordial.

Cinquième et avant dernière étude : Les mots ne sont pas toujours le meilleur moyen d'enseigner, ils sont trop longs, ambigus et développent trop de distorsion de compréhension. L'action répétée intelligemment est bien plus enrichissante pour faire mieux. L'imagerie mentale est un autre moyen de progression. Répéter dans sa tête, simuler et visualiser les gestes à accomplir pour une technique parfaite.

Dernière étude : Ce n'est jamais fini, il y a toujours moyen d'améliorer. Méditer avec discernement est tout un art.



dimanche 3 mai 2020

Tao


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Tao.


La résonance est un des nombreux principes du taoïsme. C'est issu d'anciennes croyances aux manifestations cosmiques : toute action ou événement constitue une impulsion déclenchant tôt ou tard une réaction induite par cette action. Les vibrations sonores et l'écho sont des outils de résonance. La musique des instruments d'orchestre est la consonance, résonance accordée de plusieurs provenances. La force du souffle crée l'onde sonore par une vibration modulée. Certains sons ont des propriétés curatives ou maladives pour l'homme et les animaux. Dans la croyance tao, des soins sont toujours prodigués actuellement en se servant d'ondes sonores de provenance instrumentale ou de mélodie chantée avec des sons abdominaux graves ou thoraciques aigus.
Cette notion de résonance était aussi appliquée en gouvernance dans les antiques royaumes chinois. Le bénéfice de la sagesse d'un roi s'applique à tous ses sujets et il est d'autant plus fort que celui qui le dispense est puissant.

Dans l'étude des arts martiaux, le principe de résonance s'applique aussi. Toute action déclenche une réaction adverse. Tout l'art du pratiquant est de doser cette action pour maîtriser la réaction. Même l'intention d'agir peut activer la perception de l'autre.

D'où l'étude du principe Tao suivant : le non agir. Pratiquer la voie Taoïste c'est diminuer chaque jour pour arriver à ne plus rien faire, et cela correspond tout a fait à l'évolution physique de tout être humain. Cette nonchalance naturelle demande évidemment moins d'effort physique. En gouvernance, on parle de diriger sans imposer mais en guidant.

Dans l'étude des arts martiaux, l'action n'est plus volonté mais instinct naturel. Agir ne doit pas laisser de trace ni d'intention mais devient spontané. Il faut développer une habileté martiale intuitive. Vouloir appliquer une technique sur l'adversaire lui permet de trouver des solutions pour se sauver ou se défendre. Le corps agit librement, sans contraintes. La vitesse d'exécution est naturellement augmentée mais aussi l'esprit de l'autre ne peut s'y accrocher pour tenter de trouver une parade. Nonki, l'insouciance, est une apparence qui pourrait être trompeuse. Il s'agit plutôt de Nonbiri, attitude posée sans empressement, qui permet aussi des gestes foudroyants sans aucune crispation.

La méditation est un des armes sacrées du taoïsme pour l'acquisition de la clarté mentale et du calme intérieur nécessaires à développer le non agir. Se concentrer mentalement sur sa respiration abdominale, travailler à la visualisation des actions futures et des perceptions présentes, c'est un énorme travail d'introspection créative.

Les exercices gymniques respiratoires augmentent considérablement la circulation du souffle, l'énergie intérieure, le KI. Le Taïji Quan, sorte de boxe chinoise, est l'art martial Tao par excellence et développe idéalement le ki. Les mouvements longs et gracieux, avec ou sans arme, en sont la principale caractéristique. Il a été fondé traditionnellement par un moine chinois taoïste appelé Zhang Sanfeng, personnage légendaire du 14e siècle qui vécu dans la montagne Wudang. Le temple Zixiao Gong ou palais des nuages pourpres en est encore aujourd'hui le centre d'enseignement le plus important.


vendredi 3 avril 2020

Otoshi Nage


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Otoshi ou Nage.



Renversement, changement d'angle, chute vers le bas, laisser tomber. Ces termes définissent l'expression Otoshi employée dans les arts martiaux. Souvent Otoshi est dépendant du Kuzushi (déséquilibre) qui aura été placé précédemment. Otoshi étant alors un déséquilibre haut, où le corps d'Uke est tordu et déstabilisé pour provoquer une chute brisée arrière ou avant.

Nage se traduit plutôt par jeter ou faire chuter en poussant. Mais le mouvement est aussi dépendant du déséquilibre bas appliqué sur Uke pendant l'exécution de la technique. Le haut du corps d'Uke est alors placé vers le bas, penché vers l'avant, le côté ou l'arrière, pour provoquer une chute roulée plus facile à exécuter.
Otoshi est souvent issu d'un mouvement de hanche (Kochi) de Tori pour projeter l'adversaire. Le travail de la respiration (Kokyu) est aussi une particularité du travail de Tori sur les projections Otoshi, durant lequel on sollicite de manière plus profonde le haut du corps. Ce qui permet une projection plus aisée, plus ample, plus haute, mais aussi plus dangereuse pour Uke car sans appui.

Pour un uke débutant, le mouvement Otoshi est souvent transformé en Nage pour permettre une chute plus facile avec appui. Mais pour des pratiquants de niveau plus élevé, le mouvement de hanche de Tori et de chute brisée décollée d'Uke doivent être réalisés et démontrés.

L'apprentissage commence par un exercice de chute sans appui, chute décollée sans appui au sol. Pour cela la chute brisée doit être complètement assimilée et maîtrisée.
Petit à petit Uke apprend à chuter sans appui en plaçant ses mains dans son obi par exemple. Ensuite il s'exerce avec partenaire en seiza à faire des chutes décollées. En fin d'apprentissage Tori exerce un déséquilibre de la hanche sur Uke (Hanche contre hanche) pour permettre une chute décollée courte, soit en chute arrière, soit en chute avant.

Uke doit prendre confiance en ses capacités et aussi avoir confiance dans la technique de Tori pour lui permettre de réaliser des chutes décollées sans difficulté et sans contrainte. Le timing précis et simultané des actions, ainsi que la connivence des partenaires sont nécessaires. Mais cela ne doit pas trop se voir pour que l'action soit plausible et ne paraisse pas trop préparée.


Arts internes

  Arts internes. Dans les arts martiaux chinois, les «formes internes» s’opposent à celles que l’on appellent les «formes externes»...