mardi 26 novembre 2019

Mokuso



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Méditation Mokuso


Mokuso est le terme utilisé pour commander la petite période de concentration et de calme avant ou après la pratique martiale japonaise. Le mot veut dire méditer et est employé pour permettre aux pratiquants japonais de calmer leur respiration, développer le bon Ki (énergie) et de se mettre en phase avec une pratique respectueuse des kamis (âmes des ancêtres).

Ce moment de silence est idéal pour se placer dans un état d'esprit serein et permettre une bonne réceptivité à l'enseignement et au travail avec partenaire. En position seiza, avant les saluts, mettre les mains paumes vers le ciel sur le haut des cuisses, main gauche posée dans la main droite, pouces vers le haut en très léger contact, yeux fermés, tête droite menton vers la poitrine, buste droit.

Se concentrer calmement sur sa propre respiration, sentir l'air qui entre par le nez ou la bouche et qui descend lentement dans la poitrine. Maintenir un peu l'air et souffler lentement. A chaque inspiration, se concentrer sur le souffle d'air qui entre et qui sort. Détendre les maxillaires de la mâchoire, ensuite les épaules et le sternum. Faites un petit effort pour ouvrir la poitrine, descendre les épaules, serrer les omoplates et faciliter ainsi la respiration. Ne pas se pencher vers l'arrière, ni creuser le dos.

Pour les enfants : Laissez vos pensées et vos émotions à l'extérieur de vous. Voyez les comme des papillons de toutes les couleurs qui viennent vous voir. Leurs couleurs sont celles de vos émotions, noir comme la colère, gris comme la tristesse, rouge comme la honte, bleu comme la peur, ou jaune comme la joie. Ces jolis papillons ne vont que passer, déjà ils s'éloignent. Remerciez les, tout bas, d'être venus vous voir.

Pour les adultes : Continuez encore trois respirations lentes en vous relâchant. Le calme descend jusque dans vos mains.
La durée de Mokuso varie suivant l'état de nervosité des pratiquants. Pour les enfants, une minute est un bonne durée. Pour les adultes, trente secondes, soit trois longues respirations, est suffisant.

Mokuso jame : est l'ordre de fin de méditation. On reprend la position normale des paumes de main en triangle sur les cuisses pour effectuer les saluts.

lundi 28 octobre 2019

Tsukuri Kake


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Tsukuri - Kake.


Tsukuri est la préparation, l'attitude physique de réception que Tori place en réponse à une agression d'Uke.

Kake est l'enchaînement de la technique, l'engrenage fluide dans lequel Tori place Uke pour contrôler l'agression.

Tsukuri et kake sont deux termes habituellement utilisés en Judo. Ce sont des choses séparées et consécutives, mais en réalité elles devraient fusionner pour ne faire qu'un. La préparation et la technique se rejoignent pour ne former qu'une action instantanée. Cet apprentissage de synchronisation se développe petit à petit pour permettre à Tori d'enchaîner en un temps la réception et l'application de la technique sans marquer d'arrêt.

Pour ne pas donner à Uke de possibilité de réaction ou de se restabiliser, il est indispensable de réaliser cette succession d'actions dans un tempo réduit mais pas dans la précipitation. Il s'agit plutôt de fluidité continue, comme un flot ininterrompu, sans coupure, ni rupture de rythme.

L'apprentissage du jujutsu passe par la réalisation de phases arrêtées et l'aimable complaisance d'Uke. Mais l'acquisition réelle ne peut être faite que dans l'enchaînement complet des actions sans possibilité de réaction d'Uke: réception avec déséquilibre (Kuzushi) d'Uke, application de la technique choisie et en final la clé contrôlée sur Uke. Si le corps ne suit pas, c'est que la volonté d'action est trop forte par rapport à la souplesse corporelle. Si le corps bouge trop tôt ou que l'on utilise la force, c'est que l'esprit n'est pas dans l'action mais aussi dans la volonté de faire. Mettre l'esprit en concordance avec l'action c'est agir instinctivement, sans réelle intention forte. D'où l'utilisation de la douceur et de départ lent, en gommant l'égo. L'idée d'aspirer Uke en l'invitant à attaquer devrait inspirer Tori pour sentir la bonne attitude de travail.

Dans le mouvement du déséquilibre léger d'Uke durant la réception, Tori place déjà son corps pour se trouver directement dans une position optimale pour l'application de la technique envisagée sur Uke. La réalisation simultanée des deux actions réception et placement de corps, associée à une légère anticipation sur la saisie ou la frappe d'Uke, sont nécessaires à Tori pour pouvoir répondre efficacement à l'agression.


jeudi 10 octobre 2019

Taï Sabaki


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Taï Sabaki.


Le déplacement. C'est peut être le premier apprentissage dans la pratique martiale et aussi celui qui doit être travaillé le plus longtemps. L'art de bouger peut paraître facile, mais dans la réalité du combat, il n'en est rien.
La respiration est la première chose à maîtriser. Les gestes doivent être précis et économiseurs d'énergie. Maintenir l'esprit calme et la respiration ancrée dans le bas ventre. ne pas monter trop le corps et ouvrir trop la poitrine, ne pas creuser le dos. Tendre la nuque avec un regard horizontal, placer le menton vers la poitrine, mettre de la force dans les reins et le tanden. Le maintien du corps droit et des épaules relâchées est important.
La sensation d'équilibre doit aussi être permanente. L'idée n'est pas de bouger n'importe comment vers l'adversaire ou en recul, mais bien d'être perpétuellement en chasse d'opportunité.
Pour cela, la stabilité constante est aussi primordiale que la mobilité de la tête. L'équilibre doit être autant mental que physique. Répondre correctement à l'agression se fait de manière mesurée et appropriée. L'esprit doit être clair, libre de toute perception et sans intention. La créativité des gestes doit être spontanée. Taï sabaki doit commencer doucement pour se terminer soudainement.
Le mouvement doit commencer par la perception soit du regard ou de l'ouïe. La tête tourne et le corps suit le plus naturellement possible la perception. Toute la difficulté vient du mot naturellement. En effet, le petit bébé tourne instinctivement la tête et son corps suit, il étonne ses parents par sa facilité de retournement. Mais les contraintes physiques s'accumulent vite et après quelques années on peut déjà remarquer le manque de liberté dans les mouvements. Les enfants qui font de la danse retrouvent facilement cette liberté, la danse leur impose d'assouplir leurs gestes. La perception de ses propres sensations est aussi importante que celle des mouvements de l'adversaire. L'aisance naturelle doit être redécouverte, et contradictoirement pour l'atteindre, la maîtrise de soi doit entrer en action.
L'harmonisation des mouvements se fait par l'esprit calme et l'écoute de soi. La justesse et l'opportunité de chaque mouvement se fait en fonction des disponibilités corporelles et de l'intention de voir ce qui se passe tout en restant en équilibre constant. Voilà le vrai sens du Taï sabaki. Placer le corps dans l'action. Unir le corps à l'esprit.
Bien sur, le mimétisme gestuel complique encore un peu les choses. Il faut faire comme le senseï montre. Ne vous formalisez pas, le senseï est encore en recherche, il ne faut pas copier intégralement ses gestes. Mais plutôt tâcher d'intégrer dans vos possibilités des gestes s'approchant de ceux du senseï tout en sentant ce que vous faites. L'imperceptibilité des petits gestes du senseï diminuera au fur et à mesure de la pratique. La découverte est permanente si l'attention l'est aussi.
Le corps mouvant est l'âme du ninjutsu, ancêtre du jujutsu. Le Taï sabaki est donc essentiel dans la pratique martiale du jujutsu. Si on parvient à associer complètement l'idée de corps et d'esprit de combat dans une seule entité instinctive, on obtient le taï sabaki pur.
Beaucoup de démonstrations d'experts martiaux sont issues de mouvements imperceptibles des hanches et du dos. Ces mouvements sont tellement rapides que le regard ne peut les accrocher. Cela paraît magique ! Les vêtements cachent aussi une grande parties de ces mouvements. Mais le secret est dans la fluidité du corps et sa disponibilité. Se détendre et éviter les crispations.
Penser aux sensations engrangées et à la finalité du mouvement. Pour désirer savoir ce qui se passe derrière,il ne faut pas reculer, ni avancer, mais simplement pivoter sur un axe le plus simplement possible en maintenant votre équilibre. Le centrage du corps sur son axe est permanent dans tout le mouvement. Les bras ne servent pas de balancier au corps. Ce sont les jambes qui sont le support du corps. Les bras sont maintenus en protection, mains ouvertes verticales, coudes à 10cm du buste. Le regard est maintenu horizontal pendant tout le mouvement.

mercredi 11 septembre 2019

Sonkei; le respect.


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Sonkeï.




Le respect. Cette notion fait partie de l'éducation et de l'attitude dans le dojo, elle est demandée avec insistance dès le plus jeune âge à tous les pratiquants d'arts martiaux japonais. Cela fait aussi partie de la self-défense.
Respecter les autres c'est aussi une manière de se faire respecter. On peut forcer aisément le respect par une attitude correcte et un profond respect des autres. Cela ne veut pas dire mollesse ou accueil inconsidéré de toute personne.
L'arrogance est provocante et dévastatrice dans les relations humaines, il faut la bannir. Pour ne pas subir, il faut être acteur d'une relation. On peut aussi imposer son point de vue par son attitude, sans nécessairement parler ou élever la voix. Mais de toute façon, on peut désamorcer une situation conflictuelle en montrant à l'autre que l'on prend en compte son point de vue et qu'on le respecte. Il est évidemment possible que cela ne suffise pas, mais cela permet de garder l'esprit calme et de se forcer à maintenir notre regard attentif sur l'autre, tout en bannissant toute forme d'hostilité qui ne ferait qu'accroître l'intention belliqueuse.
C'est par le respect et l'attention que l'on porte à une situation que l'on maintient son propre esprit calme mais vigilant, capable de répondre instantanément à tout acte malveillant.
Acquérir le respect est difficile et demande la participation consciente de l'autre. L'art de la négociation et l'écoute des attentes de l'autre sont les bases de la conquête du respect. Maintenir l'esprit calme et ne pas subir ses émotions ou celle de l'autre est peut être la seconde difficulté dans l'art du respect. Viendra ensuite le contrôle de soi, de sa locution, de ses gestes et attitudes pour ne pas froisser ou choquer l'autre.
Le respect est aussi la base de la confiance. Sans respect pas de motivation à apprendre ou à pratiquer et aucun échange fructueux avec un professeur, élève ou partenaire irrespectueux. Le respect est également une profonde marque de politesse et de courtoisie. C'est aussi la preuve de la prise de conscience de son engagement dans une pratique ou un enseignement.
Le respect demande du courage et de la ténacité, de l'humilité, de l'ouverture d'esprit, du sens de la négociation et de la confiance en soi. Ne pas juger les autres sans connaître, ne pas se laisser influencer par les préjugés des autres, ne pas accepter trop facilement les stéréotypes culturels ou religieux.
La discrimination est la conséquence d'un esprit irrespectueux et est souvent issue de la diffusion importante de fausses vérités, de mauvaises opinions. La diffusion d'informations demande une vérification de la véracité, la qualité et la pertinence de ces informations avant toute communication. La discrimination engendre souvent le harcèlement criminel, la frontière est ténue entre simple critique et souhait de diminuer l'autre.
La personne respectueuse doit combattre et empêcher le harcèlement. Protéger le faible fait partie des tâches dues au respect.

Le respect ne se borne pas aux humains qui nous entourent mais s'applique aussi envers la nature et notre environnement quel qu'il soit.


jeudi 1 août 2019

Kime


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Kime.





Kime est l'expression du Ki, force intérieure, dans l'attitude gestuelle.
Ce ne peut être de la violence ou de la brutalité. Uke doit être respecté et toute action sur lui doit être contrôlée. La puissance corporelle, avec réserve et sérénité, issue du ventre (tanden) peut être démontrée même par des personnes chétives ou fragiles. La volonté décisive et l'attitude incisive montrent Kime. La moindre hésitation ou incertitude, le moindre frein ou arrêt enlève le Kime. Mais à l'opposé, la précipitation ne démontre pas non plus Kime.

Une action qui commence lentement, accélère et se termine subitement laisse percevoir une belle maîtrise gestuelle. Le principe de Jo Ha Kyu, issu du théâtre Nô, est une belle expression du contrôle de Kime. Une action commence calmement, puis le rythme s'intensifie et s'achève instantanément. Cette gestuelle élégante est aussi propre aux maîtres pratiquants de sabre, aux prêtres Shinto et aux maîtres de cérémonie de thé.

Kime se démontre aussi par l'attitude positive, pénétrante et légèrement offensive.
La réception ne doit pas être timide, elle doit déjà démontrer Kime et déstabiliser légèrement l'adversaire. La posture basse en Kibadachi avec un bon ancrage au sol, montre aussi la forte solidité du pratiquant.

Le Kiaï peut aussi démontrer le Kime, s'il est bien exécuté. Le timing est important, il ne sert à rien de hurler un kiaï aigu après une action pour bien montrer sa supériorité. Le Kiaï correct vient du ventre et s'exécute en même temps que l'action de la projection ou de contrôle ou de frappe finale, pour exprimer la force du Ki que l'on met à la réalisation de cet acte.

Le regard ne doit pas être trop précis mais doit englober toute menace potentielle. Kime ne s'adresse pas à un adversaire mais à tous ceux qui regardent. La tête doit rester droite et ne pas suivre l'action au sol, seuls les yeux bougent vers l'adversaire au sol.

Kime est aussi un échange, recevoir le kime de l'adversaire et lui retourner votre propre kime enrichi de celui reçu. Ce n'est pas une question de quantité d'agressivité, mais un échange de qualité de don de soi et de maîtrise.


dimanche 23 juin 2019

Mushin


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Mushin.
Pour les débutants qui ont déjà essayé, maintenir Mushin ou l'esprit vide plus de dix secondes durant un examen est une vraie gageure pour des gens normaux. En effet, à peine vide, l'esprit capte toute nouvelle information possible et se remet à analyser. Alors autant lui donner quelque chose à faire le plus tôt possible, sinon il est vite incontrôlable.
Quand une action est connue, l'angoisse de la réalisation diminue. Donc pour se calmer, rien ne vaut mieux que de préparer mentalement l'action à faire. Tel un ancien film muet en noir et blanc, on déroule l'action en mode saccadé et la façon de l'exécuter dans son esprit quelques secondes (ou fraction de seconde) avant l'exécution.
Ne laissons pas Uke commencer une attaque si nous ne sommes pas prêt mentalement. Lors d'un examen, arrangeons nous avec lui pour qu'il nous attaque uniquement sur, par exemple, un bref signe de tête de notre part.
Surtout ne pas laisser l'esprit vagabonder et faire des comparaisons ou des jugements intempestifs. Donner le meilleur de soi sans crainte de l'erreur.
La maîtrise de l'action et de tous les paramètres qui en dépendent, c'est la clé. Encore faut il avoir la connaissance de la technique, de la forme et de tout ce que cela comporte comme détails à gérer. La réception est déjà le début de la technique. N'attendons pas l'agression pour nous préparer. Si l'attitude est droite et calme, l'esprit est serein, vous êtes déjà en réception, tout peut arriver, vous êtes prêts. Vous aurez alors le choix d'appliquer la technique que vous sentirez, celle qui viendra naturellement. Si l'esprit est plus libre et détaché, il a moins tendance à s'emballer pour trouver une solution.

Voici quelques astuces pour se faciliter la vie  :

1 Connaître ce qui nous stresse ou ce qui amplifie notre stress.
2 Eliminer ou modifier si possible les éléments repérés ci dessus.
3 Pratiquer la relaxation et la détente musculaire.
4 Pratiquer la méditation, la visualisation et la pensée positive.
5 Ne pas être trop exigeant envers soi-même. S'accorder des erreurs, être compatissant.
6 Contrôler sa respiration. Si possible, bloquer le bas-ventre et pratiquer une respiration lente abdominale.
7 Gérer le temps. Anticiper légèrement permet de réagir plus calmement.
8 Eviter de se juger, de juger les autres, d'établir des comparaisons avec qui que se soit.
9 Durant la pratique, si quelqu'un se trouve devant ou derrière, considérer le calmement comme agresseur potentiel.
10 En toute circonstance garder son calme et ne montrer aucune contrariété.
Plus on avance dans la pratique et plus cet aspect de l'étude devient important. L'étude du maintien au calme de notre esprit prendra de plus en plus de place, pour devenir peut être un des éléments essentiels de notre future progression. Commençons dès à présent à le prendre en compte et à l'améliorer en éliminant toute précipitation et volonté d'action. Laisser le corps agir calmement, en douceur, sans brusquerie, ni saccade.

vendredi 24 mai 2019

Jiseï


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Jiseï.



Maîtrise de soi. Huitième vertu du Bushido, la plus importante pour un détenteur d'arme. Mais pratiquer le Jujutsu c'est comme porter une arme. Les arts martiaux traditionnels japonais sont utilisés pour permettre de contrôler un ou plusieurs adversaires. Avant de vouloir contrôler l'autre il faut d'abord penser à obtenir une grande maîtrise de soi, tout autant physique que mentale.
Pour y arriver, il faut être Humble, Tenace et Compatissant. La remise en question constante de notre façon de pratiquer est un élément essentiel de la progression. Cette réflexion ne peut être mise en route sans une profonde humilité. Croire que l'on a réussi à acquérir un niveau par ses propres dons est une erreur, c'est le naturel de l'action réalisée qui démontre le niveau. Il n'y a pas de performance par la volonté de démontrer, mais par l'intégration des éléments enseignés au naturel de notre pratique.
Il ne s'agit pas non plus de douter continuellement de nous-même. La ténacité est nécessaire pour permettre de continuer à progresser malgré les difficultés. S'accrocher à un rêve, un idéal, pour autant qu'il soit réaliste, est une nécessité pour tout individu. La volonté de continuer à progresser doit être constante et sans faille, sinon inutile de rêver. L'échec n'est qu'une marche de l'escalier du progrès.
L'acceptation de la faute passe par la faculté de compassion. Nous devons nous autoriser des erreurs, des échecs. Il n'y a rien de plus humain que cela. Ne pas se juger soi-même, ni juger les autres, permet de percevoir ses propres acquis et d'apercevoir chez l'autre les qualités à mettre en œuvre dans notre propre pratique. Donc, la compassion permet de maintenir le regard clair, ouvert à toute chose utile.
Jiseï demande une réflexion approfondie et calme sur nos capacités de perception de nos actes et de nos pensées, un véritable tsunami introspectif en mode Zen. N'ayons pas peur de chambouler nos vieilles habitudes, se placer en difficulté est la meilleure façon de sentir nos lacunes. Filtrer ses réactions et même ses perceptions est très difficile. Cela demande une attention particulière en phase d'apprentissage. Mais une fois les filtres corrects placés, les choses se mettent en place naturellement. La méditation, la réflexion profonde sur notre pratique est essentielle et nécessaire pour la progression et surtout pour notre propre amélioration d'être humain.
Zen et naturel, voilà les deux mots qui définissent le mieux l'attitude du pratiquant accompli de Jiseï. Jiseï parfait vous permet alors de répondre, chaque jour et chaque instant, à toute sollicitation de manière appropriée.
Jiseï est un quelque chose d'abstrait pour les enfants habitués à subir l'autorité. Leur réflexion se borne à éviter les punitions ou les remarques désobligeantes. Permettre aux enfants une approche de Jiseï de leur propre volonté est particulièrement difficile pour un enseignant. Plus l'enfant est jeune plus il agit par réflexe instinctif, plus il avance en âge plus il est conditionné par l'autorité des adultes et par son environnement. Faire redécouvrir des attitudes et gestes naturels de défense est compliqué mais possible par l'approche du jeu contrôlé. Tout le problème est là, jusqu'où est ce un jeu et comment contrôler son impulsivité. Le Jiseï et la bienveillance de l'enseignant sont indispensables, le moindre défaut et le dérapage arrive.


dimanche 5 mai 2019

Kuzushi.


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Kuzushi.

L'art du déséquilibre, principe de base de l'aïkido, judo et jujutsu. Mais le mot contient aussi la notion de briser ou abattre l'attitude d'agression. Le simple déséquilibre physique est l'art de placer le centre de gravité du partenaire hors de la ligne centrale du corps pour le faire tomber. Au premier abord, il s'agit d'un travail de sape corporelle pour déstabiliser Uke. Cela peut venir d'un mouvement de réception de forme positive ou négative, mais aussi d'un atémi ou simple metsubushi. Il est clair que le mental aide aussi à la réalisation de Kuzushi. Si l'esprit est correct, l'attitude sera bonne et la perception claire.
Kuzushi peut être très fort dès le départ, dans la réception même. C'est une façon efficace de répondre à une agression. Cependant la technique pure sera gommée par le Kuzushi et la vision sera celle d'une gestuelle forte et très incisive. Ce n'est pas pour cela que c'est mauvais, mais cela demande une bonne connaissance corporelle pour éviter les blessures et sera réservé à des partenaires expérimentés.
Se fier uniquement à un atémi et au metsubushi pour déstabiliser le partenaire est aussi une possible erreur, car tous les adversaires ne se laissent pas impressionner par ce geste. Kuzushi doit être un savant mélange et dosage de plusieurs paramètres à appliquer : le shiseï ou l'attitude dirigée par un mental calme et fort, la perception de la distance d'agression ou le maaï, la légère anticipation, la maîtrise de soi, le déplacement taï sabaki stable et souple, l'utilisation de tout le corps en partant du centre et en privilégiant le travail du bas du corps, le mouvement tournant des hanches et maintien du hara fort, la réalisation de mouvements courts de bras mais amples en spirale de corps, ne pas trop écarter les coudes du corps. Le corps tout entier sert de levier pour permettre le kuzushi.
Le Kuzushi de réception doit être franc et marqué, mais il doit aussi être mesuré. Il ne s'agit pas de faire peur à Uke ou de lui permettre de s'échapper ou de le forcer à s'enfuir mas plutôt de lui donner l'impression qu'il peut maintenir l'agression sans se restabiliser. Il doit garder l'idée qu'il a toujours la possibilité de prendre le dessus pas sa forme d'agression initiale. Mais ce n'est pas pour cela qu'il faut lui rétablir son équilibre. C'est l'idée d'un Kuzushi doux et maîtrisé de départ qui doit permettre de placer une technique efficace et précise. Un savant dosage de savoir faire et de maîtrise corporelle permet le contrôle permanent du déséquilibre de l'adversaire.
Kuzushi ne doit pas permettre l'utilisation correcte par Uke de sa main libre. C'est une notion fondamentale du déséquilibre que d'empêcher Uke de réagir pleinement avec la main libre. Cette main parait souvent morte par Uke complaisant qui subit sans volonté de réaction.
Kuzushi doit être maintenu de façon précise pendant toute la technique jusqu'au contrôle final. Si pendant un bref instant l'équilibre du partenaire est rétabli, il est certain que les possibilités de réaction sont présentes, même si elles ne sont pas utilisées par le partenaire complaisant. Il n'est pas nécessaire d'utiliser une grande force physique pour le Kuzushi. Au contraire, plus on applique de force, plus les possibilités de contrer sont là. La souplesse et l'utilisation juste du corps sont importantes. La subtilité est l'invisibilité de la technique, mais aussi son efficacité. La vitesse ne doit pas être un paramètre essentiel, elle ne sera présente que par des mouvement de corps issus de la fluidité des gestes et de l'utilisation de mouvement fluides de hanches courts et brefs.
En résumé, le débutant privilégiera un Kuzushi léger et contrôlé dans la réception, puis appliquera un Kuzushi plus important et soutenu pendant toute la réalisation de la technique sans appliquer la force des bras, mais en se servant essentiellement de mouvements de corps. L'esprit sera calme et serein, le respect du partenaire est essentiel.


dimanche 7 avril 2019

Kotaï


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Kotaï.

« Kotaï » (Changer), est un terme utilisé pour désigner le changement de partenaire comme pour exprimer l'échange neutre d'armes. Il s'agit donc d'un ordre de travail pour commander un changement pour permettre l'étude de techniques et non d'une forme d'agression puissante (Kotaï peut aussi vouloir dire : solide, fort). Cet ordre peut aussi commander le départ direct de l'agression dans le Kakari Geiko pour ne pas dire chaque fois « Ajime ». A ce moment, le nouveau partenaire Uke attaque franchement Tori. Ce dernier, dans le même temps, neutralise calmement cette agression.
Ce n'est pas pour cela que cette polie complaisance entre partenaires doit faire tourner en dérision l'agression. L'attaque d'Uke et la réception de Tori doivent être nettes et effectuées avec le corps dans un timing correct, sans attendre. Il ne s'agit pas d'un simple geste banal, il doit démontrer qu'en un temps et ensembles, Uke et Tori sont prêts. Uke doit se comporter, avec respect, comme un véritable Teki (ennemi). Kotaï devient alors un instant de neutralité des combattants qui doit être fort et intense tout en restant souple, car l'instant d'après est encore plus dangereux pour les deux partenaires.
Il est évident que s'il n'y a pas d'agression réelle et mesurée d'Uke, celui qui reçoit (Tori) ne ressent rien et ne peut effectuer de réception. Si ce dernier (Tori) n'est pas prêt, il ne peut recevoir son adversaire. Dans ces deux cas on effectue alors un simulacre de technique. La complicité et l'attention des deux partenaires à effectuer un Kotaï (changement et rencontre) correct est la base de la démonstration d'une technique réaliste.
L'apprentissage de Uke et Tori aux diverses frappes ou formes d'agression avec divers déplacements (Taï Sabaki) et formes de réception est important. La connaissance parfaite du Maaï (distance de danger) est aussi d'une grande nécessité pour les deux antagonistes. Mais pour démontrer un Kotaï correct Uke et Tori doivent aussi et d'abord appliquer avec calme et de façon intense Zanshin (vigilance), Seme (menace), Shiseï (attitude), Metsuke (regard) avant de penser à agresser.
Une agression réalisée en présentation de kata est plus codifiée que celle réalisée durant un randori. Cependant l'esprit et la réflexion doivent être les mêmes. La difficulté est de maintenir un timing et une distance correcte malgré les mouvements constants et la vitesse des déplacements des partenaires. C'est pourtant la réalisation correcte de cet instant fragile (Kotaï : changer et rencontrer) qui permettra l'application d'une technique réaliste. Les partenaires doivent donc veiller mutuellement à être attentif à permettre l'avènement de ce moment de neutralité Kotaï.
C'est la responsabilité de tous les partenaires du randori, Uké ou Tori, de permettre la réalisation coordonnée attaque-réception de ce moment Kotaï. Tori doit être vigilant et prêt très tôt, bien avant l'agression. Par ailleurs, Uke doit calculer ses gestes et prendre une distance correcte pour attaquer et ne pas pousser trop loin son attaque. Le regard ne doit pas se figer sur des objectifs mais sur une vision globale du dojo.
Il s'agit bien entendu d'une forme d'apprentissage qui doit évoluer avec le niveau dan. Au fil de la progression et avec l'acquisition de gestes instantanés, Kotaï est de moins en moins marqué. Peu à peu Tori anticipera légèrement l'attaque de Tori pour placer une réception pénétrante qui empêchera Uke d'aller plus loin et permettra une technique fluide de Tori. Mais ce n'est pas pour cela que Kotaï disparaît complètement, au contraire. L'instant Kotaï devient fugace, mais a toujours sa nécessité.

jeudi 14 mars 2019

Ishin Denshin


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Ishin – Denshin. 以心伝心



Cela peut être traduit par « Ce que l'esprit peut, le coeur le transmet. »
C'est la communication non verbale typiquement japonaise utilisée par le maître pour permettre la progression à un haut niveau (éveil) de l'élève. La motivation profonde de travail, la compréhension mutuelle par une relation basée sur le coeur (kokoro).
« Cachée, la fleur. Non cachée, pas de fleur ». Cette pensée célèbre d'un grand artiste de théâtre Nô montre l'importance et la valeur profonde du sens non visible des choses à faire découvrir. La découverte par soi-même est bien plus riche et mieux ancrée dans notre propre ressenti. Le professeur japonais ne répond pas toujours directement aux questions de ses élèves, mais souvent sa réponse est une attitude, un regard ou une autre question pour provoquer réflexion à celui qui peut percevoir le message. Suivant le niveau de compréhension, chacun y trouve sa réponse, peut être partielle. Ce n'est souvent que bien plus tard que l'on se dit « je comprends enfin ce qu'il a voulu dire, ce qu'il a voulu me transmettre ».
Répondre à chaque sollicitation d'élève par des explications longues et ennuyeuses ne permet pas toujours la compréhension. Le silence et l'attitude simple permettent souvent de calmer l'esprit échauffé et d'ouvrir l'oeil à la perception du geste. Le sourire doit être généreux mais pas moqueur. Le respect et la bienveillance sont les clés de la confiance et de l'autorité.
La pudeur japonaise demande de taire ses vrais sentiments mais de communiquer par les gestes, le regard et l'attitude (Shiseï), le sentiment à transmettre. Le Reï (salut) est tout le symbole de cette attitude. Ne pas témoigner directement d'affection, mais, par la profondeur du geste, montrer son respect. Plus on attend de vous, plus on met d'égard et d'attention à vous montrer. Le profond respect de l'autre demande d'être attentif à chaque instant pour ne pas blesser avec des mots ou attitudes qui pourraient être mal compris. Cette sensibilité aux choses cachées et au shiseï, c'est aussi le travail du niveau supérieur dans la pratique des arts martiaux, pas seulement dans le sens professeur-élève, mais aussi l'inverse et également entre élèves-partenaires.
Un kata ne peut être correctement réalisé sans la connaissance de la technique, mas surtout sans la participation effective de Tori et Uke, chacun jouant le plus parfaitement possible sans animosité son rôle. L'esprit Ishin-Denshin permet une synchronisation parfaite entre partenaires, la compréhension de l'intention et une complicité sans complaisance. Pas de jugement porté sur l'autre ou soi-même. Humilité et compassion sont de mise. S'attacher à ne pas humilier l'autre. Pardonner les faiblesses et encourager à persévérer.
Donner des explications interminables sur la réalisation d'une technique n'a pas grande utilité, le travail calme et structuré, orienté sur les sensations perçues est bien plus important que les mots entendus. Aucun mot ne peut remplacer le ressenti corporel. Le débutant passe par une phase de copie simple de la gestuelle, il veut savoir et pouvoir faire comme l'enseignant. C'est un peu l'illusion du débutant. Quand on est arrivé à imiter le senseï, on pense « j'ai compris ». Mais très vite le travail se complique en changeant d'uke. Chacun doit faire sien une technique, l'adapter à sa propre morphologie et à ses propres capacités physiques. Sans complexe et avec confiance mais aussi humilité, il faut passer le plus rapidement possible à la phase acquisition en travaillant avec l'esprit Ishin-Denshin. Ce travail d'acquisition ne se termine jamais, il est constant et peu toujours être amélioré. Le sommet de la montagne est en vue, mais le chemin est encore long.

Arts internes

  Arts internes. Dans les arts martiaux chinois, les «formes internes» s’opposent à celles que l’on appellent les «formes externes»...